Le casse-tête foncier du canal Seine-Nord

Thierry Butzbach

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Chambouler la terre pour laisser passer l'eau. Depuis la déclaration d'utilité publique du canal Seine-Nord Europe, en 2008, la question foncière est au centre des préoccupations. Avec ses ports, la réalisation du nouveau canal à grand gabarit qui reliera la Seine à l'Escaut en 2015 est gourmande en terrains. L'emprise globale atteint 2 500 ha, soit une moyenne record de 24 ha/km, trois fois plus qu'une autoroute et cinq fois plus qu'un TGV ! Du coup, Voies naviguables de France (VNF) soigne ses relations avec les organisations professionnelles agricoles des départements concernés (Nord, Pas-de-Calais, Somme et Oise).

Les discussions ont abouti à la signature d'un protocole d'indemnisation des expropriations. Pour prévenir tout recours susceptible de ralentir le projet, VNF a vu large. « L'indemnisation atteint en moyenne 12 300 euros l'hectare pour les propriétaires et 11 700 euros pour les exploitants », calcule Gilles Grardel, responsable juridique de la chambre d'agriculture de la Somme. « Deux fois le prix du marché », estime Martine Cosy, de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) de Picardie. « Ils vont faire flamber les prix », dénonce Patrick Masclet. Comme d'autres édiles, le président de l'Association des maires du Nord redoute que les tarifs affichés par VNF servent de référence et bloquent d'autres opérations d'expropriation. Les inquiétudes se font jour aussi chez les agriculteurs, meurtris d'être arrachés à leurs terres. « On est les dindons de la farce, car rien ne dit que l'on retrouvera la terre que le canal nous prend », estime Marc Evrard, exploitant à Sauchy-Lestrée. W