Thierry Velu: «C'était apocalyptique, pire que le tsunami»

TEMOIGNAGE Le pompier a passé six jours en Haïti en tant que secouriste...

Propos recueillis par Gilles Durand

— 

Vous êtes resté six jours en Haïti avec votre ONG, Groupe secours catastrophe français. C'est votre expérience la plus terrible?

C'était apocalyptique. Pire que le tsunami en Indonésie. C'était la première fois que je découvrais autant de corps après un séisme. On a cessé de compter quand le nombre a dépassé la centaine.

En plus, les secours ont mis du temps à arriver...

Notre plus gros regret, ce sont les 24 heures cruciales que nous avons perdues entre l'atterrissage à New York et l'arrivée sur le territoire haïtien. Tous les vols étaient annulés. Nous avons dû passer par la République dominicaine. Nous aurions pu retrouver un maximum de survivants pendant cette période.

Vous avez pu sauver des vies?

Nous avons procédé à l'évacuation d'une quinzaine de personnes vers des hôpitaux de campagne. Sur les quatre sites que nous avons explorés, un seul un a donné des signes de vie. Nous sommes restés quinze heures pour tenter de localiser une victime qui était sous les décombres depuis six jours. Une centaine de sauveteurs nous ont aidés, en vain. C'est frustrant, si près du but. Beaucoup de gens sont morts comme ça, coincés sous les décombres.

Vous comptez y retourner prochainement?

On souhaite repartir d'ici quatre à six mois pour former des personnes sur place avec du matériel adéquat. Ça dépend de nos finances. La Fondation de Lille a promis de nous aider. On a laissé du matériel d'écoute aux sauveteurs, car c'est ce qui leur a manqué au début. C'est une population en souffrance depuis très longtemps. Depuis deux ans, on lance des cris d'alarme qui ne sont jamais relayés. C'est malheureux à dire, mais il faut une catastrophe de cette ampleur pour que ça bouge.