Aucun terrain d'entente avec la police

Gilles Durand

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Refuser de porter plainte pourrait-il lui coûter cher ? Un habitant d'Angres, près de Lens, s'inquiète. Le tort de ce citoyen est d'être propriétaire d'une parcelle de terre où une cinquantaine de migrants vietnamiens ont installé un campement de fortune depuis deux mois. « Je ne m'étais jamais préoccupé de ce terrain, situé au milieu d'un bois à l'abandon », avoue-t-il. Or, le 5 novembre, le voilà convoqué au commissariat de police de Lens, où un capitaine lui propose de porter plainte pour récupérer son bien. Plus ou moins impliqué dans un collectif d'aide aux migrants, il refuse, et signe alors une déposition. Il y déclare ne pas avoir constaté de dégradations. « Des containers ont été installés par la mairie et la société de collecte des ordures ménagères », précise le propriétaire.

Mauvaise nouvelle pour la police, qui a besoin de l'accord de tous les propriétaires pour pouvoir intervenir. En effet, ce campement clandestin s'étend sur plusieurs parcelles étroites : des bandes de 7 à 10 mètres de largeur. Fin du premier acte. Le second va prendre une autre tournure. Dès le lendemain, l'homme est de nouveau convoqué. Cette fois, on lui signifie qu'en cas de dégradations, les réparations seront à sa charge, mais surtout, qu'il s'expose à des poursuites judiciaires. « On m'a expliqué que l'aide au séjour irrégulier d'une personne étrangère est considéré comme un délit, raconte-t-il. J'ai pris ça comme une menace. »

Pour refuser de laisser la police intervenir sur sa propriété, cet habitant d'Angres tomberait donc sous le coup du fameux article 622-1, dont le film Welcome avait dénoncé les effets pervers à sa sortie, en début d'année. Un article qui, d'après le ministre de l'Immigration, Eric Besson, n'est jamais utilisé pour condamner les bénévoles. Contactée à ce sujet, la préfecture du Pas-de- Calais est restée muette.

Bien décidé à résister à cette pression policière présumée, ce bénévole occasionnel préfère au contraire contre-attaquer. « On va s'arranger avec d'autres propriétaires pour qu'ils retirent leurs plaintes. Ces migrants ne posent aucun problème à la population », assure-t-il, sûr de son bon droit. W