Sans titre 363933

— 

Patrick Keil, ce nom vous dit peut-être quelque chose. En 1998, alors juge d'instruction à Lille, c'est lui qui avait été saisi de l'affaire Festina, dénonçant le dopage dans le Tour de France et le monde du cyclisme. Onze ans plus tard, le voilà révoqué de la magistrature pour avoir trempé dans une histoire de trafic d'influence. Entre ces deux périodes, l'ex-magistrat raconte sa triste descente aux enfers avec passage par la case prison. Son livre est l'introspection (parfois redondante) d'un homme obsédé par l'idée de justice. Et derrière ce besoin insistant de se justifier, se cache la sincérité d'un écorché vif. Sur l'affaire Festina, Patrick Keil préfère s'autocensurer. A l'époque du procès, il raconte combien les pressions étaient grandes, sans vraiment entrer dans le détail. A propos de la procédure judiciaire qui lui a valu trois mois de prison préventive, l'instruction est encore en cours. On en reste donc aux grandes lignes. L'intérêt de ce livre est ailleurs. Plutôt que de s'étendre sur son malheur, Patrick Keil préfère pointer les coups tordus du système judiciaire. De son cas, il tire des leçons d'humanisme sur l'injustice sociale. Les réflexions, parfois naïves, ont le mérite d'aborder les menaces actuelles guettant l'indépendance de la justice. Et de rappeler que les heures sombres de la France ont coïncidé avec une justice aux ordres et répressive. W

Gilles Durand

Editions Gawsewitch-Balland, 281 pages, 18,90 euros.