Candidat à la lutte finale

Gabriel Thierry Photos : Cédric Dhalluin

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Plus rouge que les rouges. Jean-Pierre Delannoy, responsable régional de la CGT Métallurgie, 56 ans, incarne désormais la frange radicale de la « Cégète ». Le Nordiste a été désigné candidat au poste de secrétaire général par un collectif de militants, pour le 49e congrès du syndicat à Nantes, en décembre. Catapulté porte-parole des contestataires, lui, l'homme d'appareil. En face, l'« orga » [la direction de la CGT] a tout de suite pointé l'invalidité de sa candidature, sans y mettre les formes.

« Moins bureaucrate que les autres » Qu'importe. Ce sont les militants qui l'ont désigné. Ceux d'ici, mais aussi du Rhône, du Sud-Ouest... Il se dit proche des Conti, ceux-là même qui ont été accusés d'être manipulés par l'extrême-gauche. « La critique a accentué le besoin de rendre visible la contestation », constate ­Delannoy, yeux gris-bleu et fine moustache. Cégétiste à l'ancienne, il a rendu en 1997 sa carte du Parti communiste, en désaccord avec la ligne de Robert Hue. « La CGT renonce à combattre les effets du système capitaliste. En 2006, au congrès de Lille, on a voulu mettre les pieds dans le plat, mais on a été zappés. »

A deux pas de sa ville natale, Onnaing, l'union locale CGT de Valenciennes laisse fuser les critiques. « Il a fermé la porte du dialogue démocratique, lâche Joël Agogué. Quand on réclame un débat, il n'est pas là. » « Il est en conflit depuis des années avec les confédérations, moins bureaucrate que les autres », décrypte Xavier Mathieu, le délégué syndical de Continental à Clairoix.

Onnaing, une ville ouvrière, des mineurs, des métallurgistes comme son père, qui vont le former par l'exemple. Lui, trop jeune pour mai 1968, remarque que « lorsque les gens sont décidés, ils peuvent peser ». Tout petit, son bonheur est d'aller à la ducasse. Une vraie fascination pour les manèges et la foule. Formation de menuisier en poche, il s'engage dans la métallurgie, puis, en 1978, devient délégué à l'usine Bombardier de Crespin. Dix ans plus tard, il s'échappe, promu responsable de l'Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie du Hainaut-Cambrésis.

Une rencontre scelle son engagement. Pierre Couvreur, prêtre-ouvrier chez Bombardier, repère le jeune Jean-Pierre, pour « ses convictions et sa sensibilité ». Delannoy prend le relais, en assurant la formation des jeunes délégués. Parmi eux se trouve Eric Pequeur, qui travaille à Toyota. « Il m'a nommé délégué syndical, se souvient la tête de liste Lutte Ouvrière [LO] aux dernières européennes. Il m'a raconté son parcours. A Bombardier, il y a eu une procédure contre lui. Tous les ouvriers se sont mis en grève. Il n'a pas été licencié. » W