La carapace d'Evrard se fissure enfin

à Douai, Olivier Aballain

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Maître Riglaire, l'avocat du père d'Enis.
Maître Riglaire, l'avocat du père d'Enis. — E. DELPIERRE / 20 MINUTES

« Ça m'a fait vraiment mal au coeur. » Des regrets, enfin. Francis Evrard, comme toute la salle de la cour d'assises du Nord, n'a pas résisté hier à l'audition de sa victime, le petit Enis Kocakurt. Enregistré avec une enquêtrice juste après les faits, dans la nuit du 15 au 16 août 2007, l'entretien de 22 minutes a été diffusé sur trois écrans. On y voit un bambin de 5 ans, épuisé, décrire avec ses mots d'enfants les attouchements pervers de son agresseur. Malgré ses aveux, Evrard avait marqué une distance lundi avec la souffrance de sa victime. Hier il a assuré « avoir eu des larmes ».

Auparavant, la cour avait entendu le témoignage bouleversant du père, Mustafa, qui élève seul son fils unique depuis plusieurs années. « Cela recentre les débats après une journée [lundi] où l'on a beaucoup parlé de l'agresseur », a témoigné Emmanuel Riglaire, avocat du père. « Il est normal que la défense partage la douleur d'un père, a renchéri Jérôme Pianezza, avocat de Francis Evrard. Depuis plusieurs jours, on entend parler d'un monstre. Là, on voit que la carapace se fissure. L'audience a aussi une vertu thérapeutique. » Dans l'après-midi la cour est revenue sur les innombrables affaires de moeurs impliquant l'accusé depuis 1962 (il avait alors 16 ans). Les rapports d'experts s'enchaînent pour pointer sa « dangerosité », sa « perversion », et parfois son « absence de regrets ». A l'audience, Francis Evrard peine toujours à endosser les agressions pour lesquelles il a été condamné depuis quarante-cinq ans, relativise les témoignages... Celui d'une psychologue, qui a rencontré Enis cinq mois après les faits, est pourtant clair. En jouant avec des personnages, le petit garçon avait conclu : « Quand les méchants sont enfermés, ils deviennent gentils. » Se tournant vers Francis Evrard, Emmanuel Riglaire s'est fait insistant : « C'est vrai ça ? » Les yeux baissés, ce dernier lâche finalement : « Ça arrive. » W