Depuis une semaine, des migrants dispersés façon puzzle

Gilles Durand

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Hier midi, ils étaient entre quarante et cinquante à venir s'approvisionner auprès de l'association la Belle Etoile. Le problème des migrants serait-il en passe d'être résolu à Calais ? Le préfet du Pas-de-Calais, Pierre de Bousquet de Florian, en est convaincu, affirmant hier à l'AFP : « Dire que les migrants sont revenus est complètement faux. » Selon lui, « il ne reste vraisemblablement plus que de 300 à 400 migrants dans le Calaisis, contre 1 200 à 1 300 en mai-juin ».

Sur place, les associations de bénévoles ne sont pas du même avis. « Le but de cette manoeuvre, c'est que la misère disparaisse du centre-ville, mais ça ne résout rien du tout », précise Jean-Pierre Boutoille, du Secours Catholique. « Une chose est sûre, il n'y a quasiment plus de gamins. Presque tous ont été arrêtés », témoigne un bénévole de la Belle Etoile au moment de la distribution de nourriture.

Depuis la fermeture de la « jungle », la semaine dernière, des camps de fortune se multiplient un peu partout dans Calais. Sous les ponts, dans les parcs... Une vingtaine d'Iraniens ont choisi les berges du canal, à deux pas de la mairie. Tous ont échappé aux interpellations de mardi dernier. Depuis, ils doivent changer de lieu chaque jour. Certains sont là depuis trois semaines, comme cet étudiant d'à peine 20 ans : « J'ai été arrêté dix fois. A chaque fois, on me prend mes empreintes digitales, je suis enfermé pendant 24 heures, et puis on me relâche », raconte-t-il.

La pression policière, ils la sentent de plus en plus. « On leur a conseillé de se disperser », assure Nadine Bouteille, salariée de la Belle Etoile.

Le préfet confirme d'ailleurs que la police mène, depuis un mois, au moins un démantèlement de squat ou de campement par semaine, « ce qui a permis d'arrêter 253 passeurs depuis le début de l'année ». Hier matin, c'était la « maison des éclusiers » qui faisait l'objet d'une perquisition à 8 h. Douze migrants ont été placés en garde à vue. « Demain, ce sera sans doute un logement derrière le quai où on distribue la nourriture, pronostique Sylvie Coppyans, de l'association Salam. En ce moment, ce n'est pas une intervention par semaine, mais plusieurs par jour. »

Ainsi, en début d'après-midi, plusieurs véhicules de police débarquaient au parc Saint-Pierre, en face de la mairie, pour évacuer six migrants accompagnés d'une dizaine de militants No Border et de quelques citoyens calaisiens. L'un d'eux, Erwann, reste choqué par la violence de l'opération : « Ils s'en prennent même aux SDF qui sont là depuis des mois, c'est n'importe quoi », s'insurge-t-il, la gorge nouée. W