L'Union tient son humaniste

Thierry Butzbach Photos : éléonore Delpierre

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L'architecture serait un « art utile » devant répondre à l'intérêt de chacun. Patrick Bouchain arrive de Paris précédé d'une réputation d'humaniste. C'est lui qui s'occupe de la réhabilitation de l'îlot Stephenson, sur lequel il présentait ses travaux la semaine dernière. Trente maisons en brique, une miette sur la vaste zone de l'Union, entre Roubaix et Tourcoing. Mais une réalisation emblématique pour l'architecte, qui mène son projet en collaboration étroite avec les propriétaires et futurs locataires.

Juste avant de venir, il était chez son ami Jack Lang, député de Boulogne et ancien ministre (PS) auprès duquel il fut longtemps conseiller. Pour Patrick Bouchain, l'îlot Stephenson a vocation à servir d'exemple pour des projets similaires à Calais et à Boulogne-sur-Mer. Son credo est connu : ceux à qui l'habitat est destiné sont exclus du processus qui le génère. « Le stade démocratique de l'architecture n'a pas encore été atteint. On nous impose toujours un type de construction de façon autoritaire », s'emporte-t-il. Fustigeant le code des marchés publics et le code de la construction, il rêve de « dénormer » l'architecture pour adapter les réalisations à l'individu. En bon militant du progrès social, l'architecte n'hésite pas à citer Jaurès pour que les lois soient mises à l'épreuve de la réalité et de la modernité. « Un logement est un lieu de repli intime. Il y a plein de modes de vie différents, mais on nous propose toujours le même modèle », répète-t-il. A Tourcoing, la concertation s'organise à l'Atelier électrique, devenu lieu d'échange et de partage où se tiennent des débats théoriques (les Conversations, chaque premier mardi du mois) et où s'élabore individuellement chaque maison. Ses pairs affirment que Patrick Bouchain est au territoire ce que Jean Nouvel est au bâtiment. Ses détracteurs disent qu'il a le bras long. Mais c'est parce qu'il parle de choses concrètes que l'élu l'écoute. Pionnier du réaménagement des friches industrielles en lieux culturels, il a notamment signé la réhabilitation de La Condition Publique à Roubaix et du Channel à Calais. Une approche venue d'Afrique, où il a fait sa coopération après son diplôme des Beaux-arts. « J'en suis revenu bouleversé en me disant que jamais je ne construirais, tellement il y avait à faire avec ce qui existe déjà. » Depuis son départ à la retraite, il met toute son expérience dans la réinterprétation du logement social. Quitte à bousculer les rôles... À Marseille, il est ainsi à la tête d'une société coopérative d'intérêt collective, dans un projet qu'il mène comme... architecte. W