« Le chef d'entreprise se replie sur lui-même »

Recueilli par Thierry Butzbach

— 

Gérard Méauxsoone informe les patrons selon le profil et le marché de leur entreprise.
Gérard Méauxsoone informe les patrons selon le profil et le marché de leur entreprise. — O. TOURON / 20 MINUTES

D'après vous, comment peut-on prévenir les défaillances d'entreprise en cette période difficile ?

Gérard Méauxsoone : Le maître mot est anticipation. Souvent, le chef d'entreprise confronté à des difficultés financières a un réflexe défensif, et se replie sur lui-même. Il hésite à en parler, de peur que cela n'accentue ses problèmes. Il espère s'en sortir seul. Nous essayons d'être à l'écoute de certains signes. Lorsqu'une procédure d'alerte est lancée par un expert-comptable ou les salariés, je cherche à rencontrer le dirigeant. Mais il est souvent trop tard. Pour garantir la bonne santé d'une entreprise, il faut consulter dès les premiers symptômes !

Quelle aide apportez-vous ?

Je ne donne pas de conseils, mais j'informe les chefs d'entreprise sur le meilleur outil à leur disposition, dans la plus stricte confidentialité. L'élargissement du cadre des procédures de sauvegarde est un levier vraiment intéressant : il gèle les dettes tout en laissant la main aux dirigeants. Reste que la faiblesse des capitaux propres n'aide pas à amortir les trous d'air. Et trop d'entrepreneurs négligent la gestion. Dès que l'on atteint le stade du redressement judiciaire, il n'y a pas de solution miracle. Tout dépend du profil de l'entreprise, de son histoire mais aussi de son marché.

Comment évolue la situation des entreprises dans l'arrondissement de Lille ?

L'an passé, l'augmentation des défaillances était de + 30 %. Au premier trimestre 2009, on atteignait + 40 %. Depuis, la situation s'est s'améliorée, car la progression sur les 8 premiers mois est de + 23 %. Soit 468 procédures collectives pour un peu plus de 40 000 entreprises. Les secteurs les plus touchés sont l'automobile, la restauration et l'immobilier.

Que faut-il attendre de la fusion du tribunal de Lille avec celui de Roubaix-Tourcoing ?

Souhaitée par tout le monde, elle n'attend plus que le décret de la Chancellerie, prévu cet automne. Avec 70 juges, le futur tribunal de Lille Métropole sera l'un des tout premiers de France. Cela signifie plus de moyens pour une meilleure appréhension du tissu économique local, mais aussi un accueil et un accompagnement améliorés des entreprises. W