Journée mondiale du vélo : Caméras et réseaux sociaux sont les armes de ces justiciers à deux-roues

MOBILITE Ce vendredi, c’est la journée mondiale de la bicyclette.  « 20 Minutes » fait un tour de France de la pratique du vélo, des bonnes et mauvaises habitudes des cyclistes, des infrastructures pour des déplacements plus sécurisés, etc. A Lille, certains cyclistes se sont armés de caméras et diffusent sur Internet leurs pires galères et leurs meilleures sorties

Mikaël Libert
@Enroueslibres ne roule (presque) jamais en vélo sans activer sa caméra.
@Enroueslibres ne roule (presque) jamais en vélo sans activer sa caméra. — Enroueslibres
  • Les Nations Unies ont fait du 3 juin la journée mondiale de la bicyclette, l’occasion « d’attirer l’attention sur les avantages de son utilisation – un moyen de transport durable simple, abordable, propre et respectueux de l’environnement ». 20 Minutes s’est donc lancé dans un four de France de la pratique du vélo de Lille à Nice, de Nantes à Strasbourg, via Paris ou Toulouse.
  • Dans la métropole de Lille, des accros de la petite reine, vélotaffeurs inconditionnels, filment et diffusent leurs trajets sur les réseaux sociaux.
  • Ces vidéos sont pour eux l’occasion d’inciter à la pratique du vélo, mais aussi de dénoncer les comportements parfois très dangereux des autres usagers de la route.

Pour le plaisir, pour l’environnement, pour des questions budgétaires, parce que c’est pratique, pour la santé… Nombreuses sont les raisons qui poussent de plus en plus de français à se mettre au vélo. Et l’utilisation croissante de ce moyen de transport, largement boostée par l’épidémie de coronavirus, a pris un peu tout le monde de court. Notamment les municipalités, qui peinent à adapter leur espace public, et les autres usagers de la route, qui ne sont plus les maîtres de l’asphalte. Pour faire régner un semblant d’ordre dans cette jungle, quelques cyclistes aguerris filment et diffusent sur les réseaux sociaux leurs pires galères. A Lille, 20 Minutes a recueilli les témoignages de Enroueslibres et de Cyclocastor.

A 33 ans, celui qui se fait appeler Enroueslibres sur Twitter s’est mis sérieusement au vélo en 2018, après avoir emménagé à Lille. « Je travaille à 3 km de chez moi, je n’avais aucun intérêt à continuer d’utiliser ma voiture. D’ailleurs je l’ai revendue », explique-t-il. C’est à la même époque qu’il a commencé à filmer ses trajets à l’aide de deux caméras, l’une fixée sur le vélo et l’autre portée sur la poitrine avec un harnais. « Les vidéos, c’est avant tout pour partager ce que je vois, les routes sympas. L’idée est de prouver que faire du vélo son moyen de transport principal est possible, même si ce n’est pas toujours facile », reconnaît le trentenaire.

« Souvent, ma carrure suffit à dissuader les automobilistes énervés »

Pour autant, Enroueslibres publie aussi des petits films beaucoup moins drôles. Cela va de la simple voiture garée sur une piste cyclable au bus qui le frôle avec tous les risques que cela comporte. Même combat pour Cyclocastor, alias Francis, 40 ans. « Je voyais pas mal de cyclistes publier des vidéos de leurs galères sur la route et je me suis dit, c’est exactement ça que je vis », se souvient-il. Pour lui, partager ces moments parfois difficiles est comme un exutoire qui lui permet « d’évacuer une certaine frustration ». D’ailleurs, au-delà ce ça, l’utilité juridique de ces vidéos est quasi nulle. « J’avais joint une vidéo à une plainte contre un chauffeur de camion qui m’avait coupé la route. Le parquet n’avait pas entamé de poursuites », déplore Enroueslibres. Francis, lui, n’a jamais eu à le faire. « Souvent, ma carrure suffit à dissuader les automobilistes énervés », plaisante-t-il.

Les deux cyclistes sont toutefois confrontés à un dilemme. « Ne publier que ce type de vidéos peut biaiser l’image que l’on a de la pratique du vélo en ville et ne faire ressortir que le côté dangereux », affirme Enroueslibres. « Les galères, c’est une réalité que l’on vit presque au quotidien, insiste Francis. Il faut le montrer, mais cela peut aussi dissuader les personnes qui voudraient se mettre au vélo. »

Très suivis sur Twitter, Cyclocastor et Enroueslibres tâchent de se montrer exemplaires sur la route. « Je ne peux pas faire la leçon aux autres usagers sans être moi-même très à cheval sur le Code de la route, promet le trentenaire. Le véritable problème, c’est la méconnaissance de toutes les nouvelles règles. » Tous deux estiment nécessaire une formation continue au Code de la route. Pour Cyclocastor, « la plupart des choses reprochées aux cyclistes sont en fait des choses qu’ils ont le droit de faire ». Il admet néanmoins qu’il y a des brebis galeuses. « Finalement, peu de gens respectent le Code de la route. Sauf que quand un automobiliste grille un feu, ce n’est pas que lui qu’il met en danger », ajoute-t-il.