Roubaix : Le transfert de deux Ehpad municipaux vers le privé inquiète l’opposition

SANTE Dans le contexte actuel de défiance vis-à-vis des ehpad privés, le transfert de deux établissements municipaux vers une structure associative inquiète l’opposition, à Roubaix

Gilles Durand
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L'Ehpad de la Potennerie, à Roubaix.
L'Ehpad de la Potennerie, à Roubaix. — Google Maps
  • La mairie de Roubaix a choisi, mercredi, de transférer la gestion de deux Ehpad municipaux vers une association.
  • La décision inquiète l’opposition qui y voit un abandon du service public.
  • La mairie se défend en évoquant un déficit structurel de fonctionnement des deux établissements.

Un contexte sulfureux. La mairie de Roubaix a choisi, mercredi, de transférer la gestion de deux Ehpad municipaux vers une association. Une décision qui inquiète l’opposition et pose question après la récente étude de l’UFC-Que Choisir sur la situation de l’accès aux Ehpad, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais.

En début d’année, c’est un livre-enquête, Les Fossoyeurs, qui avait scandalisé l’opinion publique en révélant certaines pratiques au sein d’établissements privés accueillants les personnes âgées dépendantes. La semaine dernière, un rapport de l’UFC-Que Choisir, remettait un autre sujet sur le tapis.

Accès limité aux Ehpad

L’association de défense des consommateurs dénonçait un accès encore plus limité dans ces deux départements du Nord et du Pas-de-Calais que dans le reste de la France. En cause, des prix, certes un peu moins élevés en moyenne, mais qui demandent davantage de sacrifices financiers du fait des revenus plus faibles des habitants.

A titre de comparaison, « les résidents doivent piocher par mois 509 euros pour le Nord et 488 euros pour le Pas-de-Calais (contre 416 euros à l’échelle nationale), dans leurs économies », souligne l’UFC-Que Choisir qui confirme que c’est le secteur privé qui tire la moyenne des prix vers le haut.

Dans le Nord, les Ehpad publics (qui rassemblent 83 % de places) affichent un prix moyen de 2.002 euros. Il faut compter 200 euros de plus dans le secteur associatif et 600 euros supplémentaires dans le privé lucratif.

« Le déficit cumulé dépasse les 3 millions d’euros »

Ce constat n’a pourtant pas empêché la mairie (DVD) de Roubaix de plancher, depuis quelques années, sur un transfert de gestion de deux Ehpad municipaux (Potennerie et Résidence Nouveau Monde) vers une association dirigée par l’actuel directeur de ces établissements.

Interrogé par 20 Minutes, Jean-Philippe Dancoine, adjoint au maire chargé du dossier, avance l’argument économique. « Le déficit cumulé dépasse les 3 millions d’euros, ce qui n’est plus tenable », explique-t-il, s’appuyant sur un rapport de la Chambre régionale de comptes, paru en mars.

« En dépit d’une certaine attractivité tarifaire, la sous-occupation des Ehpad ne leur permet pas d’optimiser leurs ressources propres pour faire face à un niveau de charges de personnel qui ne cessent de croître », peut-on lire dans ce rapport qui évoque « un déséquilibre financier structurel » et mentionne que deux tiers des 20 millions annuels du CCAS sont consacrés à ces deux Ehpad.

« C’est un abandon pur et simple du service public »

Mercredi, un vote du Centre communal d’action sociale (CCAS) a entériné le projet qui doit être effectif, le 1er juillet. « Ce transfert vers une association sans but lucratif va garantir un coût abordable, condition essentielle dans une ville comme Roubaix », assure Jean-Philippe Dancoine qui estime que « la ville garde un droit de regard en participant aux réunions de l’association ».

Droit de regard contesté par Christiane Fonfroide, conseillère municipale (PCF) d’opposition. « La mairie se donne bonne conscience, car c’est un abandon pur et simple du service public, conteste-t-elle. Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, l’équipe municipale a laissé la mauvaise gestion s’installer pour justifier ce transfert au privé ».

Pour Abdelkrim Abdesselam, délégué syndical CGT au CCAS de Roubaix, « c’est surtout une catastrophe pour le personnel qui doit partir ou renoncer à son statut, mais aussi pour les résidents qui avaient un lien fort avec ces agents et redoutent le changement de personnel ».

La capacité d’accueil de ces Ehpad peut atteindre les 160 patients. Une cinquantaine d’agents territoriaux et une cinquantaine de vacataires y travaillaient.