Pas-de-Calais : Victime de la crise du Covid, un restaurateur de pianos est devenu SDF

EXPULSION Faute de travail en raison du Covid-19, un accordeur de piano du Pas-de-Calais se retrouve sans domicile fixe

Gilles Durand
— 
Jérôme Riquez et ses pianos.
Jérôme Riquez et ses pianos. — JR
  • Faute de pouvoir payer entièrement son loyer, un restaurateur de pianos, âgé de 62 ans, se retrouve aujourd’hui à la rue et sans pouvoir exercer son travail.
  • Face à la baisse de l’activité culturelle, pendant deux ans lors de la crise du Covid-19, les dettes de loyer de cet accordeur se sont accumulées.
  • L’homme espère pouvoir récupérer au moins son outil de travail, à savoir ses pianos.

La crise du Covid-19 sévit encore. Dans les hôpitaux, le nombre d’admission en soins intensif reste stable, mais les dégâts financiers collatéraux commencent à se faire sentir. C’est la dramatique mésaventure qui est survenue à Jérôme Riquez, un restaurateur de pianos installé à Avion, dans le Pas-de-Calais. Faute de pouvoir payer entièrement son loyer, l’homme, âgé de 62 ans, se retrouve aujourd’hui à la rue et sans pouvoir exercer son travail.

Les ennuis de cet accordeur de piano commencent en mars 2020 avec le premier confinement lié à l’épidémie. « La vie artistique et culturelle s’est arrêtée net et elle a été très affectée pendant deux ans. D’ailleurs, elle n’est pas encore totalement repartie », raconte-t-il à 20 Minutes. Or, cette baisse d’activité a été fatale pour ce technicien dont le métier consiste essentiellement à régler, lors des concerts, les pianos de marque comme Steinway, Yamaha ou Fazioli. Notamment au théâtre municipal de Calais et au Colisée de Lens.

Accumulation des dettes

« Je suis l’un des rares à faire ça sur le secteur de Lille, Lens et Arras », explique-t-il. Après une carrière de 36 ans plutôt faste, il voit, du jour au lendemain, son activité péricliter faute de concerts programmés. Et l’aide de l’Etat ne suffit pas. « J’ai touché 3.000 euros en tout et pour tout au début du confinement. Pas assez pour compenser les pertes financières de mon métier », assure-t-il.

De fait, avec un bail commercial de 1.000 euros par mois, les dettes s’accumulent rapidement au point d’atteindre quasiment les 10.000 euros. « Avant, j’avais toujours honoré mon loyer, mais le propriétaire a quand même déclenché une procédure d’expulsion. » Une première visite de l’huissier le prévient, début mars, qu’il a un mois pour quitter les lieux. Puis une seconde, plus musclée intervient, le 15 avril, avec trois policiers et une demi-douzaine de déménageurs pour embarquer les sept pianos qu’il avait en charge.

« J’ai perdu, en même temps, mon outil de travail, voiture et ordinateur compris, mais aussi mon logement puisque j’occupais, par tolérance, une petite dépendance qui me servait d’habitation. On m’a tout pris. Je n’aurais jamais imaginé que ça puisse m’arriver », déplore Jérôme Riquez. Une demande pour suspendre la décision d’expulsion avait pourtant été adressée au juge d’exécution afin de lui laisser quelques mois pour sortir de la crise.

Objectif : récupérer les pianos

Prévenue, la mairie d’Avion a tenté de s’opposer à l’expulsion. « Impossible dans la mesure où il ne s’agissait pas d’un bail d’habitation », reconnaît le nouveau SDF qui loge désormais chez une amie à Boulogne-sur-Mer. « Chaque déplacement en train coûte très cher et la procédure a fait exploser mes dettes. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir alors que mes engagements professionnels commençaient à repartir doucement. »

L’objectif à court terme, c’est de récupérer les pianos en dénichant 7.000 euros avant qu’ils ne soient vendus en salle de vente, le 5 mai. Une pétition a été mise ligne sur change.org pour soutenir Jérôme Riquez.