Lille : Le projet d’extension de l’aéroport divise élus et riverains

TRANSPORTS Un projet de modernisation de l’aéroport, proche de la saturation en termes de trafic, est dans les cartons. Mais le sujet divise élus et riverains.

François Launay
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Un avion de la compagnie Easy Jet se pose a l'aeroport de Lille.
Un avion de la compagnie Easy Jet se pose a l'aeroport de Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • Un projet de modernisation de l’aéroport, proche de la saturation en termes de trafic, est dans les cartons.
  • Si plusieurs élus défendent ce projet pour des raisons économiques, les opposants dénoncent une aberration écologique.
  • La MEL vient de rendre un avis favorable au projet sans rendre publics les débats consacrés au sujet.

A Lille, les avions divisent de plus en plus. Treizième aéroport de France en termes de trafic, l’équipement nordiste aimerait augmenter sa capacité d’accueil. En janvier 2020, l’arrivée de nouveaux gestionnaires a fait naître un projet d’extension de 50 % et de rénovation de l’aéroport de Lille-Lesquin, jugé proche de la saturation en matière de trafic.

Il était alors question de doubler le nombre de voyageurs d’ici à 2040, en passant de 2 à 4 millions par an. Si la crise du Covid a mis du plomb dans l’aile du projet, la modernisation est toujours sur la table et le dossier continue d’avancer sur le terrain administratif. La preuve, l’enquête publique, nécessaire avant tout démarrage des travaux, s’est terminée le 1er mars. Et si plusieurs élus défendent ce projet pour des raisons économiques, les opposants, de plus en plus nombreux, dénoncent une aberration écologique.

« C’est totalement aberrant »

« Que ce soit pour des questions de nuisances sonores ou de qualité de l’air, ce projet climaticide est incompatible avec les enjeux planétaires et locaux », dénonce Stéphane Baly, conseiller communautaire écologiste à la Métropole européenne de Lille (MEL).

« L’avion est le mode de transport le plus polluant, le plus inégalitaire et le moins nécessaire surtout à Lille où la plupart des vols (essentiellement intérieurs) pourraient être faits en train. C’est totalement aberrant, ce n’est ni pertinent économiquement ni viable sur le long terme », s’alarme Charlène Fleury, membre du collectif Nada (Non à l’agrandissement de l’aéroport de Lille).

La MEL ne fait pas débat

Si tout le monde s’accorde à dire que des travaux de mise aux normes de sécurité de l’aéroport sont indispensables, nombreux sont ceux qui dénoncent une extension déguisée derrière le terme de modernisation. Nuisances sonores plus importantes, agrandissement des pistes, doublement du trafic, augmentation de la pollution atmosphérique, les griefs sont nombreux. D’ailleurs la grande majorité des villes directement concernées se sont prononcées contre ce projet.

Mais pas de quoi faire vaciller la MEL, propriétaire d’un tiers des infrastructures aéroportuaires, ni la région, qui détient les deux autres tiers, au sein du Smalim (Syndicat mixte des aérodromes de Lille-Lesquin et de Merville). Le 25 février dernier, la métropole a d’ailleurs donné un avis favorable au projet même s’il est émaillé de quelques réserves comme l’instauration d’un couvre-feu de 23h à 7h.

Damien Castelain pour le projet à la MEL, contre dans sa ville

Mais plutôt que d’en débattre en assemblée plénière avec les 188 élus de la MEL, Damien Castelain, président de l’institution, a préféré trancher au sein d’un bureau exécutif de 35 élus dans laquelle il bénéficie d’une large majorité et où les débats ne sont pas rendus publics. « Il a préféré protéger sa majorité à la métropole que de protéger les métropolitains. Ils se sont planqués. La façon dont ça s’est passé est absolument scandaleuse. C’est un déni de démocratie », critique Stéphane Baly.

Surtout que la majorité est divisée sur ce projet à l’image d’Alain Bernard, premier vice-président de la MEL et maire de Bouvines, qui a voté contre l’extension. Même chose pour… Damien Castelain qui a voté pour la modernisation en tant que président de la MEL mais qui s’est prononcé contre trois jours plus tard en tant que maire de Péronne-en-Mélantois.

Une attitude un brin schizophrénique dont l’élu, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, a essayé de se justifier dans les colonnes de la Voix du Nord. « Je représente 95 communes, dont certaines sont favorables au développement de l’aéroport, tout comme le monde économique », a expliqué le président de la MEL.

Une action en justice pour faire annuler le projet

Un art du consensus qui ne convainc pas les riverains opposés au projet. « On a l’impression qu’il y a un verrouillage qui est fait au niveau de la MEL et de la région. Ce projet va avancer à marche forcée au mépris de la population et de l’intérêt général. C’est triste de voir que le débat démocratique a été confisqué sur ce coup-là. Les habitants de la MEL méritaient mieux que ça. Ça prouve bien que les personnes qui défendent ce projet sont sur la défensive », déplore Charlène Fleury qui ne compte pas s’arrêter là.

Le collectif Nada a déjà annoncé qu’il attaquerait le projet en justice dès que le préfet aura signé le permis de construire. L’objectif fixé est clair : l’annulation pure et simple de la modernisation de l’aéroport. La bataille juridique ne fait que commencer.