Pourquoi il n'y a que des restaurants et des fast-food qui ouvrent à Lille

A TABLE! A Lille, le nombre de restaurants a littéralement explosé ces dernières années. Une offre pléthorique qui n’a pas forcément de lien avec une demande des consommateurs avides de diversité mais plutôt avec la réalité du marché de l’immobilier commercial

Mikaël Libert
Un local commercial à vendre dans le Vieux-Lille.
Un local commercial à vendre dans le Vieux-Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • A Lille, le nombre d’ouvertures de restaurants et de fast-food a explosé.
  • L’implantation de ce type de commerce s’explique en partie par un impératif de rentabilité lié aux loyers commerciaux particulièrement élevés.
  • Pour diversifier le commerce en ville, la municipalité demande au gouvernement une loi pour encadrer les loyers commerciaux.

La grande bouffe. Même en se limitant à Lille intra-muros, on ne compte plus les ouvertures d’échoppes proposant  de la nourriture. Qu’il s’agisse de restaurants traditionnels ou d’établissements de type fast-food, il y en a partout, pour tous les goûts et pour toutes les bourses, à tel point que la capitale des Flandres semble se transformer en  un immense « food court ». Un vrai bonheur pour les amateurs de bouffe qui dissimule peut-être une réalité moins appétissante.

Une recherche rapide, en filtrant les codes d’activités principales des entreprises (code APE) installées à Lille, permet de dénombrer 1.558 établissements de restauration traditionnelle et 2.004 établissements de restauration rapide. Rapporté à la population lilloise, cela fait environ 1 restaurant pour 65 habitants. Un chiffre pharaonique qui étonne même Gérard De Poorter, le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). « Ça me semble beaucoup, même si on constate en effet que beaucoup d’établissements ont ouvert ces derniers temps », reconnaît-il.

Prix des loyers et rentabilité

Ce constat que les commerces de restauration fleurissent dans tous les coins de Lille, le patron de l’UMIH n’est pas le seul à le faire. « C’est un peu la loi des séries, le secteur de la restauration est dans une belle dynamique malgré ses difficultés. Cela devrait naturellement s’arrêter lorsqu’un équilibre sera trouvé », explique Romuald Catoire, le président de la Fédération lilloise du commerce. Mais, pour lui comme pour le patron de l’UMIH, ce n’est pas forcément préjudiciable aux autres commerces. « Tant qu’il s’agit de commerce physique qui draine de la clientèle, cela génère un flux dans le centre-ville qui profite à tout le monde », assure-t-il.

Mais pourquoi voit-on pousser des fast-foods et non pas d’autres boutiques ? « Aujourd’hui la pression des loyers est telle que les modèles de rentabilité doivent être porteurs. C’est encore plus vrai lorsqu’un restaurant a une terrasse. Ça permet d’obtenir un rendement au m2 qui abaisse indirectement la valeur faciale du loyer », détaille le président de la Fédération lilloise du commerce.

Un local en vente à près de 16.000 euros le m2

Avec la flambée des prix de l’immobilier commercial à Lille, on tombe sur des annonces improbables. Un rez-de-chaussée commercial de 60 m2 est actuellement en vente près d’un million d’euros rue de la Clé, dans le Vieux-Lille. « L’acheteur peut espérer louer ce bien 4.000 euros par mois avec une rentabilité à 5 % », estime l’agence immobilière en charge de la vente. « Clairement, à ce prix, ce n’est pas une mercerie qui va s’installer là », déplore Romuald Catoire.

Dans sa « Stratégie Commerce et Artisanat 2022-2026 », la ville de Lille va tenter de s’attaquer à ce problème en installant notamment un observatoire du commerce. « Il s’agira entre autres de définir les leviers adéquats afin de répondre à l’ambition d’équilibre commercial », explique-t-on à la municipalité. L’un de ces leviers relève encore de l’utopie : l’encadrement des loyers commerciaux. « Le montant élevé des loyers commerciaux menace l’équilibre financier des petits commerces […] et contribue à la dégradation de la diversité commerciale », assure la ville. Mais pour cela il faudrait une loi et ce n’est pas dans les projets du gouvernement.