Les déportés homosexuels, oubliés de la cérémonie d'hier

Vincent Vantighem

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Les anciens combattants avaient déjà remballé leurs drapeaux quand la porte-parole des Flamands roses s'est avancée vers le micro. « Aujourd'hui, les homosexuels n'ont toujours pas le droit de s'associer à la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation... »

Comme chaque année, deux cérémonies de souvenir ont eu lieu, hier, à la Noble Tour de Lille. La première, officielle, avec roulements de tambour, levée de drapeaux et anciens combattants bardés de médailles. La seconde, officieuse, avec les membres de la communauté homosexuelle portant fièrement l'insigne rose et noir. Depuis 2006, ils ont le droit d'assister à la commémoration. Pas d'y prendre part. « On nous refuse toujours le droit de participer à l'achat et au dépôt de la gerbe commune », explique Bruno Brives, des Flamands roses.

Hier, ils ont donc attendu que les officiels quittent les lieux pour aller déposer leur propre gerbe au pied de la Noble Tour. De gauche comme de droite, tous les élus présents sont restés sur place pour marquer leur soutien. « Il y a quelques années, j'ai même reçu un petit mot des anciens combattants, se souvient Sébastien Huyghe (UMP). Ils étaient en colère car j'avais assisté à la cérémonie homosexuelle. Ils m'ont demandé pourquoi. » Tout simplement, parce que « soixante-trois Français ont été déportés en raison de leur homosexualité. Dans les camps nazis, ils ne portaient pas l'étoile jaune, mais le triangle rose », ont rappelé, hier, les Flamands roses.

Les anciens combattants n'ont pas pu entendre l'explication. Au moment de ce discours, ils étaient déjà partis. Juste avant, ils avaient pourtant pris soin de rappeler l'importance de cette journée. Et surtout de « la liberté acquise au prix de tant de sacrifices »... W