Hauts-de-France : Un téléphérique pour relier le Pas-de-Calais à la métropole lilloise ?

TRANSPORTS Pour désenclaver leurs territoires et désengorger les axes routiers, six communautés d’agglomération du Pas-de-Calais réfléchissent à la solution d’un téléphérique pour relier la métropole lilloise

François Launay
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Les cabines du futur téléphérique de Toulouse
Les cabines du futur téléphérique de Toulouse — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Des élus du Pas-de-Calais réfléchissent à l’installation d’un téléphérique pour relier leurs territoires à la métropole lilloise à l’horizon 2030.
  • L’idée serait de désengorger les axes routiers et de désenclaver leurs territoires ;
  • Une étude, qui rendra ses conclusions en juin, a été lancée sur la faisabilité du projet.

Et si à l’horizon 2030, un téléphérique reliait le Pas-de-Calais à la métropole lilloise ? Loin d’être une utopie, ce projet fait actuellement l’objet d’une étude commandée par les élus de six communautés d’agglomération du Pas-de-Calais (Béthune-Bruay, Artois-Lys-Romane, Flandre-Lys, Pays de Saint-Omer, Pays de Lumbres et Flandres intérieures). L’idée est née d’un constat simple : la saturation quotidienne des axes routiers en direction de la métropole

« On nous a mis en alerte sur l’attractivité de nos territoires périurbains à cause des difficultés sur les mouvements entre le domicile et le travail vers la métropole lilloise au regard des volumes et des durées que ça procure. Il faut savoir que 80 % des gens qui vivent dans nos territoires et vont travailler à Lille le font en voiture » assène Olivier Gacquerre, maire de Béthune et président de la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay.

Un doublement du cadencement des trains trop lointain

Avec de tels déplacements, les axes routiers sont vite saturés et les bouchons s’accumulent tous les jours pour aller et revenir de la métropole lilloise. A titre d’exemple, 12.000 personnes quittent chaque jour en voiture l’agglo de Béthune-Bruay pour rejoindre la capitale des Flandres.

Le problème n’est pas nouveau et des réflexions sont entamées par l’Etat et les régions depuis quelques années pour désenclaver ce genre de territoire. Dans les Hauts-de-France, on réfléchit ainsi à un doublement du cadencement sur les réseaux ferroviaires pour permettre à plus de gens de faire la liaison plus rapidement. . Le service express métropolitain de l'étoile ferroviaire de Lille devrait ainsi voir le jour d’ici 2035-2040. Un horizon trop lointain et trop classique pour six communautés d’agglo du Pas-de-Calais qui réfléchissent donc à l’alternative du téléphérique.

Le téléphérique est moins cher et plus écolo

« Pourquoi on ne raisonne que sur le ferroviaire si c’est lointain et si c’est coûteux ? Il ne faut pas écarter ces aspects-là mais c’est bien aussi de réfléchir pour voir s’il n’y a pas d’autres moyens de transport dans le cadre d’une complémentarité pour améliorer les déplacements situés en dehors de la MEL​, poursuit Olivier Gacquerre qui insiste sur le gain économique et écologique du téléphérique.

« Un kilomètre de voie ferrée c’est 22 millions d’euros, un kilomètre de voie routière c’est 6 millions mais les axes sont saturés. Un kilomètre de transport téléporté c’est entre 10 et 12 millions et c’est décarboné », rappelle le président de la communauté d’agglomération de Bruay-Béthune.

Si rien n’est encore acté, les élus réfléchissent à un grand téléphérique capable de relier Lille à Merville où les gens pourraient déposer leur voiture avant de monter dans les cabines. Reste à voir si ce projet est réalisable sur une distance d’environ 40 kilomètres. Si les téléphériques urbains commencent à voir le jour en France (Brest, Toulouse) ou sont en réflexion (Lyon, Bordeaux, Lille-Fives…), ils sont situés sur des distances bien souvent inférieures à 15 km.

Réponse sur la faisabilité du projet en juin

D’autres inconnues restent encore à lever comme la vitesse, le nombre de personnes à mettre par cabine, la fréquence, ou encore l’esthétique… Bref, rien n’est encore fait, loin de là. Avant de lancer quoi que ce soit, les élus attendent d’ici juin le résultat de l’étude qu’ils ont commandée.

« S’il y a une perspective, on creuse. Si à l’inverse, on nous explique qu’il vaut mieux renforcer la voie ferrée, alors on laissera tomber. On nous dira peut-être qu’on a été fous mais au moins, on aura essayé », conclut Gacquerre. L’histoire dira vite si les élus du Pas-de-Calais sont de doux rêveurs ou de formidables précurseurs.