Hauts-de-France : La formation en intelligence artificielle risque d’être rapidement insuffisante

EMPLOI Une étude du Medef Lille Métropole estime que le besoin d’embauche lié à l’intelligence artificielle sera supérieur à l’offre de formation régionale actuelle, d’ici à 2023

Gaëtane Deljurie
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Illustration du laboratoire français d'intelligence artificielle chez Atos.
Illustration du laboratoire français d'intelligence artificielle chez Atos. — Mario Fourmy / SIPA
  • Dans les mois qui viennent, 4.200 postes d’experts en intelligence artificielle seront à pourvoir dans les Hauts-de-France.
  • L’offre de formation s’est multipliée dans la région.
  • Dans les années qui viennent, la demande de profils experts restera pourtant bien supérieure à l’offre de formation régionale actuelle.

Quel pourrait être le point commun entre le Samu et Auchan ? Le service de secours hospitalier et l’enseigne de grande distribution utilisent, toutes les deux,  l’intelligence artificielle (IA). Au Samu, elle permet de classer les comptes rendus des appels, notamment pour surveiller les épidémies, par exemple. Chez Auchan, elle aura pour rôle de scanner les habitudes de consommation, selon l’état des rayonnages, ou d’analyser l’incidence du placement en rayon. Et on pourrait multiplier les exemples, tant ce genre de métier risque de vite prospérer.

Du coup, les titulaires de savoir-faire en deep learning, algorithmes et autres big datas sont d’ores et déjà très recherchés. « La demande sera supérieure à l’offre de formation régionale actuelle », conclut une étude du Medef Lille Métropole, qui vient de paraître. L’étude estime qu’un quart des emplois seront touchés de près ou de loin par cette nouvelle technologie. On peut citer notamment les secteurs du transport, de la logistique et du commerce, du tertiaire supérieur et numérique ainsi que celui de la santé. A court terme, 4.200 postes d’experts en IA seront à pourvoir.

A l’université de Lille, des formations IA jusqu’à bac +11

C’est pourquoi nombre d’écoles ont déjà pris le train en marche. Ainsi, la Skema Business School a créé un centre de recherche et déployé plusieurs formations, en lien avec le marketing, la finance ou la supply chain (chaîne logistique). Holberton School, créée à San Francisco aux Etats-Unis, a lancé une première promotion Hauts-de-France début d’année dernière, plus focalisée sur le « machine learning » (apprentissage par la machine). L’école Centrale Lille dispense également des formations, plus appliquées cette fois aux métiers de l’ingénierie.

A l’université de Lille, l’Institut de l’intelligence artificielle HumAIn propose des formations tout au long de la vie, avec différents niveaux (de bac à bac +11). Tout comme un master Systèmes d’information et aide à la décision qui intègre un parcours Data Sciences (ou l’art d’analyser les données).

Plus de 110.000 postes seront concernés

Par ailleurs, le Medef, soutenu par l’Etat, le conseil régional Hauts-de-France et l’opérateur de formation AKTO (ex-Opcalia), a également fait naître en France une première formation certifiante de « chef de projet Intelligence artificielle » avec l’Ecole nationale supérieure Mines-Télécom Lille Douai Nord Europe, basée à Lille et à Douai.

Le think tank Institut Montaigne souhaite, pour sa part, « former 1 % de la population aux enjeux de l’IA », avec la plate-forme de formation en ligne OpenClassRooms et la Fondation Abeona s’intéresse aux enjeux éthiques de l’IA.

Or, toutes ces formations risquent d’être encore insuffisantes face au développement du marché. Car une chose est sûre : plus de 110.000 postes seront concernés par l’intelligence artificielle, d’ici à 2023 en Hauts-de-France. Et ce chiffre est peut-être sous-évalué.