Dans les Hauts-de-France, 600.000 personnes souffrent de dépression et 200.000 d'une pathologie psychique

SANTE PUBLIQUE Le conseil économique, social et environnemental régional des Hauts-de-France vient de publier un rapport sur la situation problématique de la prise en charge de la santé mentale

Gilles Durand
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Illustration d'une personne dépressive.
Illustration d'une personne dépressive. — Isopix / SIPA
  • Pour le Ceser des Hauts-de-France, « la prise en charge et l’accompagnement doivent être améliorés » dans le domaine de la santé mentale.
  • Les maladies psy entraînent notamment une mortalité très importante, avec un risque suicidaire supérieur de 30 % dans la région par rapport à celui de la moyenne nationale.
  • Une des solutions est technologique avec l’acquisition d’un IRM 7 Tesla, une machine capable de révolutionner les diagnostics en neurosciences.

« Avec la crise sanitaire, la santé mentale est devenue un sujet de société majeur ». Or, pour Rémi Pauvros, porte-parole  d'un rapport que vient de publier le conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) des  Hauts-de-France, « la prise en charge et l’accompagnement doivent être améliorés ». Il faut aussi, selon l’ancien député-maire de Maubeuge, faire évoluer les mentalités en « déstigmatisant la problématique des maladies psychiques ».

Dans la région, on dénombre 600.000 personnes en dépression et 200.000 souffrent d’une pathologie psychique. Les maladies psy entraînent notamment une mortalité très importante, avec un risque suicidaire supérieur de 30 % dans la région par rapport à celui de la moyenne nationale. Une mésaventure, survenue récemment à une internaute lilloise, apporte un autre éclairage sur l’ampleur du problème.

« Il terrorisait les autres locataires de l’immeuble »

En septembre 2021, il a fallu l’intervention de policiers spécialisés pour déloger un trentenaire souffrant de schizophrénie d’un appartement dans le quartier des Bois-Blancs, à Lille. Un an plus tôt, le jeune homme, qui sortait d’un séjour en hôpital psy, avait signé un bail de location avec Isabelle*.

« Il avait du mal à trouver un logement et il m’a fait bonne impression », raconte-t-elle à 20 Minutes. Sauf que la situation s’est peu à peu dégradée. « Il ne prenait plus ses médicaments et sa schizophrénie prenait le dessus. Il terrorisait les autres locataires de l’immeuble et le voisinage. »

Et la propriétaire de l’appartement s’est retrouvée seule pour gérer le problème. « Les services sociaux m’ont confié avoir peur et la police ne rien pouvoir faire tant qu’il n’avait pas agressé quelqu’un », se désole Isabelle. Jusqu’au jour où des menaces envers sa mère font réagir sa famille et la police. Et le voilà de nouveau interné d’office.

Navette entre hospitalisation et retour à la vie « normale »

« Il a fini par accepter de résilier son bail, témoigne Isabelle. Je ne souhaitais pas qu’il soit expulsé, mais qu’il soit pris en charge. Lorsqu’il suivait son traitement, il n’avait aucun problème de comportement. Le souci, c’est qu’il n’avait aucune obligation de soins. » C’est justement sur ce suivi que se penche plus particulièrement le rapport du Ceser : « Le parcours de soins passe par des étapes qui font la navette entre hospitalisation et retour à la vie "normale", avec tous les problèmes de logement, de suivi de soins ou de prise en charge que le patient n’est pas toujours en mesure d’assumer seul. »

Mais que faire ? Une des préconisations consiste à organiser des Etats généraux de la psychiatrie. « Chacun travaille dans son coin. Il existe plusieurs initiatives très intéressantes, mais il faut rassembler tout le monde et se fixer des objectifs », poursuit Rémi Pauvros. Le constat reste ainsi assez morose : environ 80 postes de psychiatrie sont non pourvus, faute de valorisation financière et sociale.

Une IRM « indispensable » pour optimiser les diagnostics

Le manque d’argent reste aussi un frein à la recherche clinique et fondamentale en neurosciences qui pourraient, pourtant, révolutionner traitements et prise en charge. Dans les Hauts-de-France, Arianes (Association pour la recherche en imagerie avancée, en neurosciences et en santé mentale) en est pour l’instant réduite à faire des appels aux dons pour équiper la région d’un outil « indispensable » selon le Ceser : l’IRM 7 Tesla.

Cette nouvelle imagerie plus performante, qui vaut une douzaine de millions d’euros, permet, entre autres, d’éviter de graves erreurs de diagnostics dès la première crise. Seulement, il n’en existe que trois en France dont une seule utilisée à des fins cliniques au CHU de Poitiers. « Avec la prise de conscience de l’importance des maladies psy, surtout en termes de dépenses du point de vue de l’assurance maladie, il existe un vrai espoir, cette fois, pour un budget spécifique recherche bien identifié psy », précise le rapport.