Lille : Le cycliste de 16 ans écrasé par un camion n’était pas un « livreur officiel » Deliveroo

ACCIDENT Après la mort d’un mineur à vélo porteur d’un sac Deliveroo, l’entreprise affirme qu’il ne peut en aucun cas s’agir d'un livreur officiel

Mikaël Libert
— 
Vélo d'un livreur Deliveroo. (Illustration)
Vélo d'un livreur Deliveroo. (Illustration) — SYSPEO/SIPA
  • Un adolescent à vélo est mort, mardi soir, écrasé par un camion.
  • Sur le lieu de l’accident, les policiers ont retrouvé un sac estampillé Deliveroo.
  • La plateforme affirme que le mineur ne pouvait pas travailler pour elle.

Mardi soir, à Lille, un cycliste de 16 ans est mort écrasé par un camion. Si les circonstances de l’accident sont soumises à enquête pour déterminer les responsabilités, un autre point demeure flou. Pourquoi ce jeune homme, mineur, possédait-il un sac de livraison estampillé Deliveroo ?

En France, le travail des mineurs est soit rigoureusement encadré, soit rigoureusement interdit. Pour ce qui est de Deliveroo, « on n’autorise pas le travail des mineurs », a insisté auprès de 20 Minutes Damien Stéffan, un porte-parole de l’entreprise. « Dès que nous avons appris la nouvelle, nous avons, ce matin, pris attache avec les enquêteurs pour nous mettre à leur disposition et proposer notre aide », précise-t-il.

Un compte sous loué illégalement ?

S’il est donc trop tôt côté police pour affirmer ou infirmer quoi que ce soit, plusieurs hypothèses peuvent expliquer pourquoi un adolescent de 16 ans était en possession d’un sac de livraison Deliveroo. Selon nos informations, il apparaît peu crédible que la victime ait simplement trouvé le sac. La piste la plus crédible est donc celle d’un compte officiel sous-loué illégalement.

Un indépendant officiellement inscrit sur la plateforme et possédant un compte peut déléguer à des prestataires, lesquels doivent être enregistrés auprès de la plateforme. « Ils doivent être majeurs et pouvoir travailler légalement en France », note Deliveroo. Il arrive aussi que des comptes officiels soient « prêtés » à des tiers non déclarés. « C’est très fréquent. Le titulaire du compte prend une commission de 30 % ou plus sur le montant des courses et reverse le reste au livreur fantôme », explique Edouard Bernasse, secrétaire général du Collectif des livreurs autonomes de plateformes (Clap).

Une pratique rigoureusement illégale à plusieurs titres. D’abord parce qu’il s’agit de travail dissimulé, le livreur fantôme n’étant pas déclaré auprès de l’administration fiscale. L’autre raison est plus inquiétante : « La plupart des livreurs travaillant de cette manière sont sans papiers, précaires. Il y a aussi beaucoup de mineurs et ce n’est pas nouveau », déplore Edouard Bernasse.

Pour empêcher ce type de pratiques, les plateformes disposent néanmoins d’outils. Deliveroo n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet. Son concurrent, Uber Eats, utilise la reconnaissance faciale. « Revaloriser le montant des courses pourrait aussi être un moyen de motiver les titulaires de compte à ne plus sous-louer », estime le secrétaire général du Clap.