À Wattrelos, le torchon brûle entre les campeurs et le gérant

Gabriel Thierry

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« Il n'a pas été chic. » Marie-Thérèse Vernier, 76 ans, est remontée contre le gérant du camping de Wattrelos, à la Carluyère. Elle et la vingtaine de familles qui y dort à l'année devra plier bagages avant le prochain hiver, après une expulsion fixée dans un premier temps au mois de mai.

« Ils sont dans une situation très difficile », pointe Olivier Pean de Ponfilly, l'avocat d'une partie des résidents, qui ont porté plainte pour escroquerie contre le gérant. Leur quotidien, ces deux derniers mois ? Les coupures d'eau et d'électricité.

Hier, la rumeur avait expédié le gérant à l'hôpital. Ce dernier aurait repris le camping à son oncle il y a quelques années, mais en oubliant de payer. Du coup, l'oncle, pour revendre, veut faire place nette des campeurs. « Il y a eu une dégradation progressive, pointe le maire, Dominique Baert. Certains des occupants n'ont pas de ressources : leur seul bien, c'est leur mobile-home. » Exemple avec Claude Fierens, arrivé en septembre après une mutation. Il embarquera demain pour la Belgique. Pourquoi le camping ? « Je ne suis pas prioritaire pour un logement social », se désole ce chauffeur de 54 ans.

Vivre au camping toute l'année, c'est interdit par la loi, mais visiblement toléré dans l'agglomération lilloise. « Le gérant fermait les yeux, confie Nathalie Baillie, une des campeuses, retraitée de la fonction publique et installée depuis trois ans à Wattrelos, faute de logement. La résidence à l'année est également possible à Sainghin-en-Mélantois, 70 places. « J'habite ici pour faire des économies, indique sur place un campeur, ouvrier en déplacement dans le Nord. L'hôtel, c'est 50 euros par jour, et il faut payer le repas du midi, du soir. Ce n'est pas possible. Ici, ce n'est pas un choix. Mais on a nos affaires, on fait ce que l'on veut. » Prix de la vie en caravane : 300 euros par mois. W