Les catiches, ces labyrinthes de galeries qui serpentent sous les pieds des Lillois

PATRIMOINE Après l’opération de secours pour retrouver des visiteurs égarés dans des catiches près de Lille au Nouvel An, un spécialiste du service commun des carrières souterraines revient pour 20 Minutes sur l’origine de ces labyrinthes de craie

Propos recueillis par Mikaël Libert
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Une catiche dans la métropole de Lille.
Une catiche dans la métropole de Lille. — Ville de Lille
  • Une catiche est un mot du Nord pour désigner une carrière souterraine de craie.
  • Ces carrières s’étendent sous plusieurs villes de la métropole lilloise sur une surface connue de plus de 2.500 hectares.
  • Les catiches sont dangereuses à plusieurs titres, notamment parce qu’elles peuvent provoquer des mouvements de terrain et des effondrements.

A l’image de toute bonne légende urbaine, beaucoup de Lillois ont déjà entendu parler des catiches, mais peu savent exactement de quoi il s’agit. Le terme,  typiquement nordiste, désigne des carrières de craie formant un réseau souterrain dont nul ne connaît l’étendue exacte. Parfois, les catiches se rappellent à l’actualité en provoquant des mouvements de terrain ou en  prenant au piège des visiteurs clandestins, comme ce fut le cas lors de la nuit du Nouvel An. Gaëtan Cheppe, responsable du service commun des carrières souterraines à la ville de Lille, détaille à 20 Minutes les risques et l’intérêt patrimonial des catiches.

Une catiche, c’est quoi exactement ?

C’est une carrière d’extraction de craie en forme de bouteille enterrée. Elles peuvent être profondes jusqu’à 12 mètres et elles ont la particularité d’être connectées entre elles par des galeries. Dans les catiches, on extrayait la craie en vrac, pour faire de la chaux par exemple. Il y a d’autres formes de carrières sur notre territoire, comme les chambres en piliers, mais l’exploitation en catiches est la plus répandue. On estime à environ 160 le nombre de carrières recensées sur le territoire de notre compétence. Cela représente un volume de vide de 4,5 millions de m3 sur près de 170 hectares. C’est gigantesque.

Est-il risqué de s’y aventurer ?

Oui, et à plusieurs titres. Il y a d’abord le risque de s’égarer. Dans les années 1980, un groupe d’adolescents a passé cinq jours sous terre avant de retrouver la sortie. Certaines carrières souffrent d’un déficit en oxygène qui peut conduire à l’asphyxie. Les galeries sont creusées près de la nappe phréatique qui, comme les marées, monte et descend selon les saisons. On peut donc aussi s’y noyer.

Une catiche dans la métropole de Lille.
Une catiche dans la métropole de Lille. - Ville de Lille

Pendant les guerres, les carrières ont parfois servi d’entrepôts à munitions avec les risques que cela implique en cas de découverte d’obus. En plus de cela, il y a parfois de la pollution liée à des rejets d’eaux usées, sans compter la possibilité de se retrouver enseveli en cas d’effondrement.

Pourquoi ne comble-t-on pas simplement ces carrières ?

C’est avant tout une question de budget. Le comblement revient environ à 150 euros le m3 et il y a 4,5 millions de m3 de vide. Nos services opèrent des comblements sectorisés en fonction de l’état des galeries, mais le faire sur l’ensemble du réseau n’est ni envisageable, ni souhaitable d’ailleurs. Ces carrières ont un aspect patrimonial indiscutable, les plus anciennes remontent au XIe siècle. On y trouve des inscriptions d’ouvriers y ayant travaillé ou des gravures. Certaines sont aussi des lieux de biodiversité car elles abritent notamment des espèces de chiroptères qu’il ne faut absolument pas déranger pendant leur hibernation.