Tourcoing : « Gilet au bout de mes rêves », quand des « gilets jaunes » montent sur scène pour raconter

SPECTACLE A Tourcoing, dans le Nord, des « gilets jaunes » sont montés sur les planches pour mettre en scène leur mobilisation, et porter encore leurs revendications

20 Minutes avec AFP
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Manifestation de gilets jaunes pour les 3ans du mouvement,  à Lyon, en novembre 2021.
Manifestation de gilets jaunes pour les 3ans du mouvement, à Lyon, en novembre 2021. — KONRAD K./SIPA

Vont-ils finir au théâtre du Rond-Point, à Paris ? A Tourcoing, dans le Nord, des «  gilets jaunes » sont montés sur les planches pour mettre en scène leur mobilisation, et porter encore leurs revendications. La première du spectacle Gilet au bout de mes rêves a été donnée, vendredi soir, avec une nouvelle représentation, samedi. Une autre est espérée, en région parisienne.

Sur la scène d’une MJC, une trentaine d’acteurs amateurs -- dont deux en fauteuil roulant -- face à un public d’une soixantaine de personnes, surtout des proches ou « gilets jaunes ». « Bienvenue dans le monde des abrutis, des chômeurs, des racistes, des alcooliques et des cassos ! (…) On vous espère attentifs, choqués, émus, intéressés ou en colère, bref : avec nous », annonce en préambule Anne-Sophie Bastin.

« On voulait rétablir la vérité des gilets jaunes »

Cette quadragénaire, avocate au barreau de Lille et « gilet jaune » revendiquée, a monté le projet depuis l’été 2019 en recrutant des bénévoles, essentiellement des Hauts-de-France, pendant les manifestations. Rythmés de « aou », le cri de ralliement du mouvement, 26 tableaux s’enchaînent : le suicide d’un agriculteur, une garde à vue burlesque, un sketch avec le chef de l’État Emmanuel Macron en monarque.

« On voulait rétablir la vérité des gilets jaunes, montrer le réel » du mouvement, explique Anne-Sophie Bastin à l’AFP. La pièce vise aussi à rompre avec l’image des violences associées à la mobilisation, et mettre en lumière la solidarité qu’elle a fait naître au sein des mobilisés.

« On joue ce qu’on a vécu dans les manifestations, en apportant de la tristesse, de la rigolade. C’est authentique », explique Maddy Piazza, bientôt la soixantaine.
Cette employée de banque de Toufflers, dans le Nord, reste engagée « contre la violence » et la misère « des SDF, des étudiants, des retraités, des infirmières ».

Projet retardé par la crise sanitaire

La mise en œuvre du projet, retardée par la crise sanitaire, a divisé au sein même des « gilets jaunes », au prix de critiques et défections. « Certaines scènes me gênent un peu », concède Maddy Piazza au sujet des scènes caricaturant la police, « mais voilà, chacun s’exprime. »

« Vous avez des personnes qui étaient totalement introverties, et qui s’ouvrent aujourd’hui, raconte Sabine Fremeau, cheffe de cuisine dans un restaurant de la métropole Lilloise. Le plus extraordinaire pour moi, c’est tout ce qui se passe autour de la pièce ».