Pas-de-Calais : C’est quoi la Sainte Barbe, dont la flamme est ravivée, le temps d’un week-end, autour de Lens ?

TRADITION Patronne des pompiers et des mineurs, la Sainte Barbe reste une tradition bien ancrée dans l’ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais

Gilles Durand
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Un des spectacles présentés dans le cadre du festival Arts et Feu, dans la Communauté d'agglomérations, Lens-Liévin, à l'occasion de la Sainte Barbe.
Un des spectacles présentés dans le cadre du festival Arts et Feu, dans la Communauté d'agglomérations, Lens-Liévin, à l'occasion de la Sainte Barbe. — Compagnie des Cendres
  • Dans l’ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, les fêtes de la Sainte Barbe, qui tombe le 4 décembre, c’est sacré.
  • Cette journée festive a été déclarée officiellement jour chômé pour les mineurs en 1951.
  • Cette année encore, l’agglomération de Lens-Liévin perpétue cette tradition séculaire avec le festival Arts et Feu, qui commence vendredi et se termine dimanche.

« Ah bin nan nan, Sainte-Barbe, al est pas morte !* » Dans l’ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, les fêtes de la Sainte Barbe (ou Barbara), qui tombe le 4 décembre, c’est sacré. Cette année encore, l’agglomération de Lens-Liévin perpétue cette tradition séculaire avec le festival Arts et Feu, qui commence vendredi et se termine dimanche. Au programme, pyrotechnie, mapping, spectacles de feu, concerts, bals populaires, expositions ou encore ateliers.

Mais la Sainte Barbe, quand on ne fait pas partie des initiés, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit de la sainte patronne des pompiers, des artificiers, mais aussi des mineurs de fond. En fait, tous les métiers qui doivent être protégés du feu et des explosions.

« On chantait, on dansait, on buvait »

Bien que retirée du calendrier chrétien il y a plus de cinquante ans, sa célébration est restée intacte dans les secteurs miniers de la région, comme le raconte l’artiste Martial Ansart, ancien mineur à Hersin-Coupigny, près de Lens, et fervent défenseur de cette mémoire : « C’était la fête des mineurs. Les cafés étaient remplis. On chantait, on dansait, on buvait. En fait, on s’étourdissait. Je me souviens, dès 6 h du matin, je prenais le saxophone et j’allais jouer dans le bistrot du coin. ».

Les enfants n’allaient pas à l’école et, avant l'article de loi de 1951 qui a instauré Sainte Barbe comme journée chômée et payée, les mineurs effectuaient des heures supplémentaires, quinze jours avant la date fatidique, pour pouvoir faire la fête. « Pour moi, il n’a jamais été question de travailler un 4 décembre », avoue Martial Ansart.

Aujourd’hui, l’ambiance a changé. L’effervescence a quasiment disparu, mais au sein des familles d’anciens mineurs, on organise toujours une petite réception familiale. « Chaque année à la Sainte Barbe, j’ai un petit message : « Pépé, bonnes fêtes », et j’y tiens. Tout le monde le sait dans la famille », précise l’ancien mineur.

Tradition depuis le 17e siècle

En remontant plus loin dans l’histoire, on retrouve les racines de cette tradition dès le 17e siècle avec les premières explosions de poudre en Europe, dans les mines de cuivre des Vosges. « Les mineurs, qui vénéraient jusqu’alors Saint Léonard, le patron des emmurés, se sont tournés vers Sainte Barbe, maîtresse du feu et de la foudre », poursuit Martial Ansart.

Le feu, le bruit et la lumière, tous ces éléments qui rythmaient la vie de la mine, ont traversé les siècles, pour renaître désormais en festivités organisées par certaines municipalités, attachées à leur histoire.

*Mais non, mais non, Sainte Barbe, elle n’est pas morte !