Coronavirus à Lille : Et si un des plus vieux vaccins du monde se montrait efficace contre le Covid pour les diabétiques

RECHERCHE Des essais cliniques internationaux pour lutter contre le Covid-19 ont été dévoilés, jeudi, lors d’un congrès consacré au vaccin du BCG, lequel se tenait à Lille, dans le Nord

Gilles Durand
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Des ampoules de vaccin BCG contre la tuberculose, datées de 1931.
Des ampoules de vaccin BCG contre la tuberculose, datées de 1931. — Alfred Eisenstaedt/SIPA
  • Plusieurs chercheurs de différents pays ont annoncé, jeudi, les premiers résultats des essais cliniques sur l'éventuelle efficacité du vaccin du BCG face au Covid-19.
  • L'annonce a été faite dans le cadre d'un congrés international sur le BCG, un des plus vieux vaccins du monde, puisqu'il est centenaire.
  • Un essai rélisé aux Etats-Unis avec des diabétiques a montré une réelle efficience.

Une nouvelle arme contre le Covid-19 ? Notamment pour les diabétiques. Plusieurs chercheurs de différents pays ont annoncé, jeudi, les premiers résultats d’essais cliniques sur une éventuelle efficacité du BCG, un des plus vieux vaccins du monde, face au coronavirus responsable de la pandémie mondiale actuelle.

Ainsi, depuis mercredi et jusqu’à ce vendredi, l’Institut Pasteur de Lille, dans le Nord, accueille le 3e congrès international du BCG, acronyme de bilié de Calmette et Guérin. Le premier avait eu lieu en 1948 à Paris. Le BCG, c’est avant tout ce vaccin centenaire utilisé contre la tuberculose et resté obligatoire en France de 1950 à 2007, pour lutter contre ce fléau.

« L’immunité aurait peut-être une mémoire »

Mais depuis un an et demi, une quinzaine de pays mènent des travaux pour vérifier son potentiel pouvoir anti-Covid. De nombreux spécialistes étaient ainsi invités à Lille pour faire le point sur les avancées scientifiques, à l’initiative du professeur Camille Locht, directeur de recherche à Pasteur Lille. C’est par ailleurs dans cet institut que les souches originelles du BCG sont conservées depuis un siècle.

« Nous sommes partis d’une série d’observations montrant que les enfants vaccinés étaient protégés d’autres maladies infectieuses respiratoires, expliquait, il y a un an, Camille Locht à 20 Minutes. C’est le cas notamment en Afrique où le taux de vaccination BCG est très important. »

Cette efficience contre d’autres pathologies voisines semble d’ailleurs une spécificité des vaccins vivants comme le BCG. « L’immunité aurait peut-être une mémoire, s’interroge toujours le chercheur. On pense que c’est ce mécanisme adaptatif qui permettrait d’être efficace. »

Une vaste étude encore à consolider

Le pouvoir de ce vaccin n’a, hélas, pu être prouvé dans une étude réalisée aux Pays-Bas auprès de personnes âgées, dans les maisons de retraite. « Aucun signe clair d’effets protecteurs, regrette Camille Locht. On observe simplement une petite différence sur la sévérité de la maladie si on est vaccinés ou non, mais rien de probant. »

En revanche, une autre étude, aux Emirats arabes unis, sur le personnel de soin, affiche des résultats plus encourageants. « L’infection par le virus semble diminuer avec la vaccination, mais les résultats sont statistiquement peu solides », note Camille Locht.

Un peu plus solide est l’étude dirigée par le spécialiste australien des maladies infectieuses, Nigel Curtis. Ce dernier est parvenu à développer un essai clinique de grande ampleur dans cinq pays : l’Australie, le Brésil, l’Espagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. « On voit des choses différentes dans les réponses immunitaires selon qu’on soit vaccinés ou non., Mais les résultats doivent encore être consolidés », indique prudemment son homologue lillois.

Un espoir pour les diabétiques de type 1

En fait, c’est aux Etats-Unis que les essais ont fourni les conclusions les plus spectaculaires. Au départ, l’étude, qui a commencé il y a deux ans auprès de personnes diabétiques de type 1, ne visait pas le Covid. « Et puis, avec l’arrivée de l’épidémie, elle a été recentrée, raconte Camille Locht. Après trois vaccinations, on observe que le BCG, cette fois, protège à 100 % ». Un épilogue qui entretient largement l’espoir.

« Si le BCG parvient à montrer une réelle efficacité, ce sera utile pour les prochaines épidémies de virus respiratoires », estime le chercheur. Car plus on aura de vaccins, moins l’épidémie sera difficile à combattre dans le monde entier.