Lille : Drink Watch, la protection anti-drogue du violeur créée par des Lillois

SOIREES Ces capuchons en silicone permettent d’éviter de se faire verser du GHB dans son verre

Francois Launay
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La protection en silicone se pose sur n'importe quel type de verre
La protection en silicone se pose sur n'importe quel type de verre — F.Launay/20 Minutes
  • Créée par deux Lillois, l’entreprise Drink Watch essaie à sa manière de lutter contre le GHB, la drogue du violeur, introduite à leur insu dans le verre des victimes.
  • Posés sur le verre, ces capuchons en silicone évitent l’intrusion de substances.
  • La demande explose depuis quelques semaines, alors que les cas se multiplient depuis la réouverture des bars et restaurants. 

Le fléau ne cesse de s’étendre depuis la réouverture des bars et boîtes de nuit. Surnommé la drogue du violeur, le GHB est une substance incolore et inodore versée à leur insu dans le verre des victimes. S’ensuivent des trous noirs, des agressions et des viols qui se produisent après les soirées. Pour lutter contre ces cas qui se multiplient, des Lillois ont créé  Drink Watch (veilleur de verre en anglais), un capuchon anti-intrusion en silicone qui se pose sur n’importe quel type de verre.

Sur le capuchon est intégrée une tétine, via laquelle on peut boire le contenu du verre. « C’est un pansement pour lutter contre un problème de société énorme. On ne peut pas éduquer les personnes mal intentionnées, mais on apporte un outil de prévention supplémentaire à la vigilance de chacun », explique Antoine Dehay, 32 ans et cofondateur de Drink Watch.

Une idée née il y a quatre ans

L’idée de ce capuchon protecteur lui est venue il y a quatre ans. Avec son père, ancien patron de bar, le jeune homme, qui est aussi DJ, s’inquiète du départ en Espagne de sa sœur en tant que fille au pair. A l’époque, les cas de GHB se multiplient surtout de l’autre côté des Pyrénées. Alors, la famille, qui connaît bien le monde de la nuit, cherche une solution pour protéger la petite sœur.

« L’idée de base était faite pour protéger ma petite sœur mais, en parlant autour de nous, on s’est rendu compte que ça arrivait à beaucoup de monde même si personne n’en parlait. Il y avait un vrai tabou autour de ça. Du coup, on a essayé de trouver des protections afin de fermer le verre. On a commencé à faire des dessins, à travailler sur des prototypes avant de dévoiler tout ça au grand public fin 2019 », raconte l’entrepreneur.

La demande explose depuis la rentrée

Sauf que les tests grandeur nature ne durent pas longtemps. Trois mois plus tard, le Covid arrive et ferme tous les bars et boîtes de nuit. De confinement en confinement, l’entreprise vivote jusqu’à septembre dernier et une reprise intense de la vie nocturne. « On avait déjà des clients avant mais depuis la rentrée, on fait face à une demande très importante. En un mois et demi, on a déjà vendu les trois-quarts de notre stock », confirme Antoine Dehay.

Le stock est vendu exclusivement aux pros de l’événementiel comme les patrons de bars, boîtes de nuit ou même des associations étudiantes. Charge à eux de les distribuer ensuite, gratuitement ou non, à leurs clients. Aujourd’hui, 200 établissements de toute la France ont décidé de se fournir en Drink Watch.

« Ça commence à entrer dans les mœurs des clients »

A Lille, le bar Le Cartel en a déjà commandé 300 en trois semaines. La faute à une actualité récente assez anxiogène. « Le concept cartonne malheureusement grâce à l’actualité. Ça commence à entrer dans les mœurs des clients, ce qui n’était pas du tout le cas avant », reconnaît Edward Duquesne, l’un des deux cogérants. « Il y a presque un aspect ludique de poser cette protection sur le verre, ce qui permet aussi de dédramatiser les choses » poursuit Gilles Perthame, l’autre responsable du Cartel.

Et pour que ce capuchon en silicone ne soit pas seulement synonyme de lutte anti-drogue, son fondateur rappelle que ce produit est dans l’air du temps. « C’est 100 % made in France et recyclable. Il n’y a aucun plastique. Tout est réutilisable et lavable à la main plusieurs fois jusqu’à cela craque. C’est comme les moules à madeleine en cuisine : on peut les garder assez longtemps », conclut Antoine Dehay.