Halloween : Quand « la bande à Pollet » terrorisait les Flandres, il y a un peu plus d’un siècle

MONSTRES DE NOS VILLES (3/10) A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions au début du XXe siècle

Gilles Durand (Avec Retronews)
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Abel Pollet au centre, lors du procès aux assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer, en 1909.
Abel Pollet au centre, lors du procès aux assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer, en 1909. — Collection Jacques Messiant
  • A 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes ». Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • Au tournant des années 1900, une bande de voleurs et d’assassins, baptisée « la bande à Pollet », a semé la terreur dans les Flandres, avant que ses membres soient arrêtés et guillotinés.
  • La tête du chef de bande, Abel Pollet, a été conservée à l’institut médico-légal de Lille, puis sculptée pour être immortalisée.

« Quand j’étais gamin, ma marraine me faisait peur en racontant les histoires de la bande à Pollet. Pour moi, comme pour beaucoup d’enfants d’après guerre, cet Abel Pollet, c’était le croquemitaine en personne », se souvient l’écrivain nordiste, Jacques Messiant.

Et s’il était effrayé par l’idée de croiser l’horrible personnage, la nuit venue, c’est parce que ce dernier avait réellement terrorisé les Flandres, dans le Nord et en Belgique, cinquante ans plus tôt, au tournant des années 1900. Quant à l’estaminet que gérait sa marraine à Morbecque, près d’Hazebrouck, c’était un des endroits favoris où la bande à Pollet, baptisée aussi bande d’Hazebrouck, commettait ses crimes crapuleux.

A l’origine des brigades du tigre

Ses souvenirs d’enfant, Jacques Messiant les a retranscrits dans un roman paru en 2015 : L’affaire Pollet, à l’origine des brigades du tigre. « Car la création par Georges Clémenceau de ces brigades de policiers mobiles dans toute la France a été en partie inspirée par les exactions de cette bande », explique l’écrivain.

Mais quels crimes horribles a donc commis Abel Pollet et ses complices pour supplanter, dans l’inconscient collectif, la terrible réputation du capitaine Monneuse ? Tout comme Pollet, ce truand avait sévi avec sa bande dans le même secteur, à la fin du XVIIIe siècle, semant l’horreur en brûlant notamment les pieds de ses victimes. « La bande à Pollet ne s’est jamais livrée à de tels actes de torture », nuance Jacques Messiant.

Mais la liste des exactions est longue. En juin 1908, la cour d’assises de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, a jugé 27 individus pour 118 chefs d’accusations, dont une demi-douzaine d’assassinats parfois sadiques.

« A coup de crochets et de couvercles de poêle »

« Une véritable boucherie », témoigne un médecin légiste, au procès. Surtout le triple meurtre de Violaines, près de Béthune, d’un couple de rentiers septuagénaires et de leur fille de 55 ans. Les trois victimes ont été tuées « à coups de crochets et de couvercles de poêle ». « Crânes fracturés, oreilles déchiquetées, gencives broyées… » peut-on lire dans le journal régional Le Grand Echo. Le butin s’élève à 8.000 francs en or et des bijoux, une somme conséquente pour l’époque.

Une carte postale représentant la confrontation des membres belges et français de la bande à Pollet, à cheval sur la frontière franco-belge.
Une carte postale représentant la confrontation des membres belges et français de la bande à Pollet, à cheval sur la frontière franco-belge. - Collection Jacques Messiant

Après neuf jours d’audience, quatre membres de la bande sont condamnés à mort : Abel Pollet et son frère Auguste, Canut Vromant et Théophile Deroo. Le jour de leur exécution, à Béthune, au petit matin du le 11 janvier 1909, la ville est en liesse.

Des trains et des cars déversent des flots de touristes qui se pressent sur les lieux où la guillotine doit trancher des têtes. Les estimations varient entre 10.000 et 100.000 spectateurs. Une équipe de cinéma est même venue filmer la scène. Le film sera censuré par les autorités.

« Tas de fainéants, à bas les calottins ! »

Abel Pollet est le dernier des quatre à se faire couper en deux. Les bourreaux doivent le tirer par les oreilles pour l’installer sur le billot. Il insulte la foule « Tas de fainéants, à bas les calottins [ecclésiastiques] ! » avant que sa tête ne devienne un objet d’art. Une sculpture, réalisée à l’époque d’après le crâne conservé à l’institut médico-légal de Lille, a rejoint, 100 ans plus tard, les réserves du musée La Piscine de Roubaix.

Mais quel homme se cache derrière ce visage d’Abel Pollet, gravé pour l’éternité avec sa moustache et ses yeux mi-clos ? Jacques Messiant qui a épluché des centaines de documents dont les 300 pages de compte rendu du procès, en est convaincu : « Abel Pollet n’était pas foncièrement méchant et plutôt bon élève dans sa jeunesse, contrairement à un de ses complices Canut Vromant qui était une sombre brute, un peu taré ».

Et de raconter cette anecdote. « Un jour, Pollet s’est vanté d’avoir dérobé chez un homme, 100 francs, 400 euros d’aujourd’hui. Ses collègues l’ont engueulé en lui rétorquant qu’il s’agissait d’un pauvre. Le lendemain, il est allé rendre l’argent ». On a aussi retrouvé des images pieuses chez Abel Pollet, le jour de son arrestation.

Né dans la rue du pain sec

Le criminel est né dans un hameau de Vieux-Berquin, au cœur des Flandres du Nord, plus précisément dans la rue du Pain sec, comme un signe du destin. Sa famille n’a pas un sou. Son père travaille comme journalier, sa mère comme couturière. Ils sont douze enfants à la maison.

Très jeunes, Abel et son frère Auguste apprennent à se débrouiller. « C’est une époque où règnent la misère et le chômage, raconte Jacques Messiant. Tout bascule le jour de sa communion. Il est humilié par le boucher qui traite sa famille de "pauvres" lorsqu’il vient acheter son maigre repas de fête. » Le jour même, il vole une pièce dans une boutique. Ce geste lui vaut trois mois de maison de correction, qui ne corrigeront rien et ne feront que renforcer sa haine de la société.

La bande commence à se former lorsqu’il a 22 ans, en 1895. Les premières années, les deux frères ont bâti un plan : ils se font embaucher dans une ferme, l’été, pour mieux revenir dévaliser les propriétaires, l’hiver. Le butin est souvent maigre : de la nourriture, des montres, des vélos…

Endurci par la prison

« Dès le début de cette série de vols, dont le nombre allait croissant, plusieurs fois les malandrins ayant été surpris par les propriétaires des maisons brutalisèrent ceux-ci et s’attardèrent devant eux à boire leur vin et à manger leurs victuailles », racontera, plus tard, un journaliste du Grand Echo.

Abel Pollet finit par être dénoncé. Il écope de quatre ans de prison où il va s’endurcir. Lorsqu’il sort, en 1905, il se promet de ne plus laisser de témoins. Sa rencontre avec un truand belge surnommé Lapar transforme la petite bande locale en réseau international.

Un cap est passé. On torture, on étrangle, on s’acharne sur les victimes. La presse nationale s’empare des faits divers sanglants. Des enquêteurs viennent de Paris. La région vit dans l’effroi. L’histoire s’arrête, en mai 1906, avec l’arrestation des douze premiers suspects. La légende peut se frayer un chemin.