Lille : Pourquoi la salle de shoot n’ouvrira probablement jamais

DROGUES Souhaitée depuis longtemps par la mairie, la salle de consommation à moindre risque a désormais peu de chances d’ouvrir ses portes, boulevard de Metz, à Lille. Martine Aubry y voit une manœuvre politique d’un Gérald Darmanin piloté depuis le sommet de l’Etat en vue de l’élection présidentielle

Mikaël Libert
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Illustration d'une salle de consommation à moindre risque.
Illustration d'une salle de consommation à moindre risque. — M.Libert / 20 Minutes
  • Une salle de consommation à moindre risque devait ouvrir en octobre à Lille.
  • Le projet a été stoppé net par le gouvernement après l’opposition de Gérald Darmanin.
  • Martine Aubry dénonce une manœuvre politique en vue de l’élection présidentielle.

La politique a ses raisons que la raison ignore. La salle de consommation à moindre risque (SCMR) de Lille aurait dû être ouverte depuis quelques jours déjà. Tout est d’ailleurs prêt pour mener cette expérimentation auprès des toxicomanes lillois. Sauf qu’à la volonté de Martine Aubry de doter sa ville d’un tel équipement s’est heurtée la ferme et tardive opposition de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. La maire socialiste y voit, de la part de ce dernier, un « refus d’appliquer la loi » motivé par des ambitions électoralistes.

Le projet d’installer une SCMR à Lille remonte à 2016. Autant dire que la mairie, le Centre hospitalier (CHU), la Sauvegarde, l’Agence régionale de santé (ARS) et tous les acteurs impliqués ont eu le temps de potasser le sujet. C’est donc un dossier très bien ficelé, répondant en tout point au cahier des charges de la loi permettant une telle expérimentation, qui a été présenté au ministre de la Santé, Olivier Véran, en juillet, après que ce dernier a donné son « accord de principe » un mois plus tôt.

Des propositions de lieux « ineptes »

L’endroit choisi au 54 boulevard de Metz, adossé au centre d’addictologie du CHU, répond à tous les critères du cahier des charges : au centre des lieux de consommation, avec peu de riverains, évitant les files de toxicomanes dans la rue et proche de l’hôpital. La procureure de Lille a même rédigé, le 24 septembre, la directive pénale établissant la « zone blanche » autour du SCMR permettant aux futurs usagers de transporter le dose sans risquer l’interpellation.

Alors qu’il n’est pas formellement partie prenante du processus, Gérald Darmanin a pourtant exprimé sa ferme opposition à ce que la salle de shoot soit installée à l’endroit choisi par la ville. Cela « porterait préjudice au bon déploiement de l’opération ''quartier témoin'' portée par le ministre de l’Intérieur depuis l’été 2021 », souligne le premier ministre, Jean Castex dans un courrier adressé à Martine Aubry, lundi. Le préfet du Nord avait été chargé de trouver un autre lieu d’implantation. « Les deux propositions que l’on nous a faites étaient ineptes. La dernière étant Saint-Sauveur alors que la décision du tribunal administratif rend impossible juridiquement la délivrance d’un permis de construire », fustige la maire de Lille.

Un enjeu politique

Cette impossibilité juridique, les services de la mairie l’ont expliquée au cabinet du premier ministre. Sans succès. Jean Castex insiste pour que l’option Saint-Sauveur « soit explorée sans délai ». « Je ne comprends pas que le premier ministre me demande de ne pas appliquer la loi de la République. La directive doit venir de plus haut », soupçonne Martine Aubry. L’élue voit dans la manœuvre du ministre de l’Intérieur un enjeu politique « qui n’a rien à voir avec la santé ou la sécurité publique ». « Gérald Darmanin est le porte-drapeau du président de la République pour courir derrière la droite et l’extrême droite en vue de l’élection présidentielle », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, le projet de SCMR est dans l’impasse. D’un côté, Martine Aubry ne voit « objectivement » aucun autre lieu possible. De l’autre, Jean Castex et Gérald Darmanin ne semblent pas prêts à céder sur le boulevard de Metz. « La balle est dans leur camp, on attend », assure martine Aubry, insistant sur le fait qu’elle n’allait pas lâcher l’affaire.