Le crucifix dans le placard

LAICITE A l'est de Douai, le symbole religieux orne les murs de la cantine depuis 50 ans. Jusqu'à la décision du tribunal administratif...

Aurore Malval, à Lille

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Cachez ce Christ que je ne saurais voir. Vendredi midi. Les enfants de l'école primaire de Wandignies-Hamage, à l'est de Douai, se précipitent dans la salle municipale qui leur sert de cantine. Un rituel immuable pour la cinquantaine d'écoliers. Sauf que depuis deux semaines, il ne se déroule plus sous le regard bienveillant de Jésus. Accroché dans les années 1960, le crucifix de 1,20 mètre de haut vient d'être dissimulé par deux volets en bois, installés à même le mur.
 
Querelle de clocher

Toute l'histoire commence par une plainte déposée au tribunal administratif de Lille par une institutrice à la retraite, âgée aujourd’hui de 89 ans. Au nom du respect de la laïcité. «On n'avait même pas pensé que ça pouvait gêner», avoue Erich Frison, le maire, à la fois étonné et ennuyé par cette affaire qui met en émoi les 1.200 âmes de cette petite bourgade. Car si le tribunal a donné raison à la plaignante, le maire a fait appel et se refuse encore à descendre Jésus de sa croix.
 
«Le maire est en infraction»

«Une pétition a circulé parmi les habitants, ils sont 99% à nous soutenir, lance Bernard Dujardin, membre du comité paroissial et adjoint au maire. Ce crucifix est là depuis plus de 50 ans, il doit rester: on enseigne aussi le catéchisme dans cette salle!» Un son de cloche radicalement différent de celui de Lucien Moreau. Légaliste dans l'âme, il est l'un des rares habitants du village à avoir refusé d'apporter sa signature. «Une loi a été votée, il faut la respecter. Pour moi, le maire est toujours en infraction.» Avec ou sans mise au placard...