Coronavirus dans les Hauts-de-France : La recherche d’un traitement anti-Covid continue de se heurter à des difficultés

EPIDEMIE Alors qu’un médicament anti-Covid est annoncé, la recherche de deux traitements par le centre hospitalier d’Amiens et l’Institut Pasteur de Lille piétinent toujours

Gilles Durand
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illustration de médicaments anti-Covid.
illustration de médicaments anti-Covid. — SOPA Images/SIPA
  • L’Agence européenne du médicament vient d’annoncer l’examen accéléré d’un médicament anti-Covid du laboratoire américain, Merck.
  • En revanche, les essais cliniques de deux traitements prometteurs piétinent toujours, dans les Hauts-de-France.
  • La faute, au début, aux lourdeurs administratives, puis, aujourd’hui, au manque de patients volontaires.

Une recherche à deux vitesses. D’un côté, l’Agence européenne du médicament vient d’annoncer l’examen accéléré d’un médicament anti-Covid du laboratoire américain Merck. De l’autre, les essais cliniques de deux traitements prometteurs piétinent toujours, dans les Hauts-de-France. Pourquoi tant de retard ?

La première raison, c’est le problème de recrutement de personnes malades. « C’est une bonne chose que la maladie recule, on ne va pas se plaindre », témoigne Xavier Nassif, directeur général de l’Institut Pasteur de Lille. Ce dernier avait découvert, en juin 2020, une molécule prometteuse qui était déjà sur le marché pour soigner des maladies infectieuses : le clofoctol.

Des centres dans les Antilles

Le potentiel anti-Covid de ce médicament avait retenu l’attention des scientifiques lillois après une étude sur environ 4.000 molécules, avec l’aide de la start-up lilloise Apteeus. Or, depuis, les autorités sanitaires n’ont pas fait grand-chose pour accélérer les essais. La dernière étude clinique de phase 3, baptisée (ironiquement ?) Therapide, n’a pu commencer que début septembre. A ce jour, une dizaine de patients y ont participé, alors qu’il en faudrait au moins 350. Beaucoup trop peu pour espérer valider rapidement l’efficacité du clofoctol.

« Les grands laboratoires bénéficient de beaucoup plus de moyens que nous, reconnaît Xavier Nassif. Ils peuvent monter des centres d’essai partout où l’épidémie flambe dans le monde. Si on avait les moyens de recruter en Europe de l’Est ou en Amérique du sud aujourd’hui, nous pourrions aller plus vite ». D’autant que les malades volontaires ne doivent pas avoir été vaccinés.

Pasteur a pu néanmoins ouvrir deux nouveaux centres dans les Antilles pour tenter d’accélérer l’étude. Il y a davantage de malades que dans le Nord et moins de personnes vaccinées. « Mais je n’ai pas eu de nouvelles récentes », avoue Xavier Nassif.

« Du mal à faire admettre notre projet »

A Amiens, une équipe du centre hospitalier, placée sous la responsabilité d’un infectiologue, Jean-Philippe Lanoix, se penche, sur les éventuels bénéfices d’un autre traitement :  l’inhalation d'un interféron, une protéine que l’organisme humain fabrique pour se défendre contre les infections respiratoires.

Là aussi, l’étude, impulsée par le docteur Aurélien Mary, pharmacien clinicien, traîne en longueur. « Au début, nous avons eu du mal à faire admettre notre projet. Nous avons été confrontés à l’encombrement des essais cliniques », note le professeur Michel Brazier, pharmacien qui participe à cette recherche sur les interférons. Dans sa phase initiale, l’étude intitulée COV-NI a également connu « des difficultés, notamment avec trois patients en réanimation », reconnaît Michel Brazier.

Or, voilà plus d’un an que l’essai clinique a été relancé pour inclure 142 patients. Classé prioritaire par les instances nationales, c’est alors la méfiance des malades qui a retardé la publication des résultats. « Nous n’avons inclus à ce jour que 68 patients », regrette Michel Brazier qui comprend néanmoins « la réticence de certains malades à servir de cobaye ». « Le trouble a été jeté dans la tête des patients avec toutes les fake news qui se sont propagées », déplore-t-il.

Les Britanniques en avance

Cependant, il reste persuadé de l’efficacité des interférons. Parallèlement, « une équipe britannique de Southampton étudie aussi un interféron fabriqué par ses soins. Et elle est beaucoup plus avancée. Elle a ouvert des centres en Europe et Amérique du Nord pour déployer son essai clinique de phase 3, afin de recruter 600 patients. Ses moyens financiers sont beaucoup plus importants que les nôtres ».

Avec son interféron générique « dont le coût sera certainement moindre », selon Michel Brazier, l’étude du CHU Amiens-Picardie avance donc à petit pas, grâce à la collaboration et au soutien du laboratoire Novartis et d’une start-up localisée à Caen. Cette start-up a étudié sur un poumon artificiel la répartition du médicament interféron tout au long du tractus respiratoire.

« La recherche de traitements contre les infections virales reste très compliquée à mener. Il n’en existe aucun contre la grippe et il a fallu trente ans pour en trouver un contre l’hépatite C », relativise-t-il.

Si la vaccination reste l’arme la plus efficace, il est également utile de disposer d’un traitement antiviral efficace, s’accordent à dire les scientifiques.