Hauts-de-France : Inquiétude autour des incendies à répétition de sites industriels

SECURITE L’association Robin des bois dénonce la recrudescence d’incendies sur des sites sensibles et pointe le manque de surveillance, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais

Gilles Durand
— 
Illustration d'un incendie d'entrepôt industriel
Illustration d'un incendie d'entrepôt industriel — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Dans un rapport qui vient d’être publié, l’association Robin des Bois dénonce « la France qui crame ».
  • L’asso a entrepris, depuis mai 2019 un suivi des sites ravagés par les flammes dans toute la France, car ces incendies exposent la population à des risques sanitaires.
  • Dans ce tableau peu flatteur, la région Hauts-de-France est particulièrement touchée, avec, en plus, une recrudescence des sinistres en 2021.

Alerte incendies ! Dans un rapport qui vient d'être publié, l’association Robin des bois dénonce « la France qui crame ». Elle a entrepris, depuis mai 2019 (un peu avant l’accident de Lubrizol), un suivi des sites ravagés par les flammes dans toute la France. Car, signale Robin des Bois, « ces incendies émettent dans l’atmosphère des produits toxiques et cancérogènes, exposant la population à des risques sanitaires ».

Dans ce tableau peu flatteur, la région Hauts-de-France est particulièrement touchée, avec, en plus, une recrudescence des sinistres en 2021. Tous les secteurs de production ou d’entrepôt y passent, des commerces aux industries en passant par le secteur agricole ou les garages.

Mesures d’urgence

Mais ces incendies touchent aussi, phénomène encore plus préoccupant, des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), autrement dit, des sites sensibles pouvant concentrer des matières polluantes. Or, l’asso Robin des Bois pointe le manque de vigilance des industriels.

Ainsi, des mesures d’urgences sont régulièrement prises par les autorités. Ce fut le cas après l’incendie du site Seveso (classé haut risque) de Douai Air liquide, un fabricant nordiste de protoxyde d’azote, en juillet 2020. Un an plus tôt, en août 2019, la même mesure d’urgence avait sanctionné Denain Hainaut recyclage, dans le Nord, où 500 tonnes de bois et de cartons, considérés comme des déchets non dangereux, étaient parties en fumée.

En mai 2020, un incendie consumait près de 500 tonnes de déchets industriels chez Sita/Suez RV à Curgies, toujours dans le Nord. Les mesures d’urgence imposées, dans la foulée, par l’administration n’ont pas empêché le site de flamber à nouveau, un an plus tard.

Récidives de sinistres

Ces récidives ne sont pas si rares. Un autre entrepôt nordiste de déchets, Suez, à Lourches, a subi deux incendies en septembre 2018 et août 2019. Un dépôt de métaux baptisé Momo la recup, à Amiens, dans la Somme, a également subi deux sinistres en mars 2018 et septembre 2020.

Enfin, le Pas-de-Calais a vu aussi des installations classées prendre feu en 2020 : une usine d’engrais à Bapaume, l’usine de transformation de poissons Copalis à Boulogne-sur-Mer et l’entreprise Porketto JB viande, à Feuchy.

Onze inspections en 2020

Devant une telle situation et après l’électrochoc provoqué par l’incendie de Lubrizol, la direction régionale de l’Environnement (Dreal), chargée de la surveillance de ces sites, se dit consciente du danger et des risques.

Elle a mené, en 2020, onze inspections sur les sites classés. Les autres, comme les hangars agricoles par exemple, sont du ressort des collectivités locales. Ces onze inspections se sont soldées par trois mises en demeure pour absence de conformité avec la réglementation en vigueur.

Comme Robin des bois, les services de l’Etat avouent constater souvent « des insuffisances sur les moyens de lutte contre le feu ou de défaillance sur la détection incendie ». « Nous allons être plus coercitifs cette année et en 2022 avec davantage d’obligations de suivi pour les entreprises », assure Laurent Tapadinhas, directeur de la Dreal. Selon les derniers contrôles effectués par l’administration, un quart des sites inspectés ne sont pas dans les clous.