Nord : « Cette fois, j’ai bouffé du mineur », deux ex-mineurs de fond racontent leur expérience de « Germinal »

SERIE TELE Avec trente ans d’écart, deux anciens mineurs évoquent les différences entre les deux « Germinal », de Claude Berri en 1993 et la série de France 2 qui sort, mercredi

Gilles Durand
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Aimable Patin (à gauche) et Edmond Prusczak, deux anciens mineurs qui ont collaboré à la série
Aimable Patin (à gauche) et Edmond Prusczak, deux anciens mineurs qui ont collaboré à la série — G. Durand / 20 Minutes
  • Le roman d’Emile Zola, Germinal, fait l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique dans une série dont le premier des six épisodes sera diffusé, mercredi, sur France 2.
  • Ce Germinal sauce télévision a été tourné en partie sur le site minier de Wallers-Arenberg, dans le Nord, où Claude Berri avait réalisé son adaptation en 1993.
  • Deux anciens mineurs, qui ont participé aux deux aventures, donnent leur point de vue.

Germinal, le retour. Le célèbre roman d’Emile Zola fait l’objet d’une nouvelle adaptation cinématographique dans une série dont le premier des six épisodes sera diffusé, mercredi, sur France 2. Ce Germinal sauce télévision a été tourné en partie sur le site minier de Wallers-Arenberg, dans le Nord, là où le producteur et réalisateur, Claude Berri, avait créé les décors et tourné sa propre version du livre, il y a près de trente ans.

20 Minutes a rencontré deux anciens mineurs qui ont connu les deux tournages. Cette fois, les deux retraités n’ont pas œuvré devant la caméra, mais dans les coulisses. « Maintenant, on est trop vieux pour jouer un rôle de mineurs », plaisantent-ils.

« Le film de Berri, c’était du star business »

En tout cas, tous deux sont d’accord pour estimer que cette nouvelle version affiche un plus grand réalisme. « Le film de Berri, c’était du star business, balance Aimable Patin. Nous, les figurants, on servait de meubles. Je ne me reconnaissais pas du tout dans l’ambiance. Cette fois, dans les deux premiers épisodes que j’ai vus, j’ai bouffé du mineur. Je m’y vois beaucoup plus. »

Même si l’époque de Germinal, écrit à la fin du XIXe siècle, n’avait finalement pas grand-chose à voir avec celle que cet ex-mineur a connu dans les années 1970 et 80. « C’est une façon de vivre qui se transmet de génération en génération. Mes parents me racontaient. On imagine facilement comment ça se passait quand on vit dedans », souligne-t-il.

Et l’imaginaire collectif se niche aussi dans les moindres détails. D’où l’intérêt pour la production d’avoir un regard expérimenté sur les décors. D’autant qu’Aimable Patin a travaillé 27 ans à 700 m sous terre, précisément dans cette fosse Arenberg, près de Valenciennes, où les nouveaux décors ont été construits.

« Je trouvais le bois des galeries trop clair »

« J’ai été contacté par la décoratrice, Isabelle, qui voulait un avis à chaque fois qu’elle montait un décor », se souvient-il. Le retraité étant régulièrement sur place pour effectuer des visites historiques sur le site, la collaboration a pu s’installer facilement. « Parfois, je trouvais le bois des galeries trop clair. Dans mon souvenir, il était plus noir, à cause de la poussière, mais aussi peut-être à cause du manque de lumière », explique-t-il. Avant de reconnaître : « Mais franchement, ils ont bien travaillé ».

En 1993, Aimable avait fait de la figuration pour Claude Berri, en compagnie de nombreux autres anciens mineurs, aux côtés de Renaud et de Gérard Depardieu. A l’époque, la dernière mine de charbon du nord venait de fermer à Oignies, dans le Pas-de-Calais.

Le film avait permis de préserver le site Arenberg et d’y voir naître une association de sauvegarde du patrimoine. Désormais, le lieu fait l’objet de visites régulières pour retracer l’histoire de la vie quotidienne des mineurs de fond.

« Le cinéma, ce n’est pas la réalité »

Un autre membre cette association, Edmond Pruszak, a lui aussi joué les consultants occasionnels. « Deux ou trois fois, l’équipe a profité de ma présence sur le site pour me demander mon avis, mais c’était Aimable qui supervisait tout ça », admet Edmond.

Le film de Claude Berri, il en garde également un souvenir mitigé. « C’était une expérience extraordinaire, j’avais travaillé 70 jours sur le film, raconte-t-il. Mais, un jour, on avait fait une remarque sur un ouvrier qui coupait du bois de façon incorrect. Le réalisateur nous avait répondu que le cinéma, ce n’était pas la réalité. Il avait raison, mais du coup, ça nous faisait bizarre ».

Embauché à 14 ans et demi en 1963, Edmond Pruszak a travaillé vingt-cinq ans dans différentes fosses de la région. Il n’oublie pas que « c’est quand même grâce à Claude Berri que le site minier Arenberg existe encore aujourd’hui ».

Nouvelle série sur la mine des années 1970 ?

Par ailleurs, il aimerait que le cinéma s’intéresse à une autre période que celle de Germinal pour évoquer la mine. « Les années d’après-guerre sont celles qui ont fait le plus de dégâts sur les mineurs à cause de la silicose. Mon frère est mort à 50 ans et mon beau-frère à 51. On n’en parle pas assez », regrette-t-il.

L’oubli sera peut-être rapidement réparé. « J’ai appris qu’une équipe devait tourner une nouvelle série sur la mine qui évoquerait, cette fois, les années 1970, glisse Edmond Pruszak. Ça parlera davantage aux gens, je pense. »