Pas-de-Calais : Quand une ancienne ferme classée devient une maison pour autistes, innovante et inédite

INNOVATION SOCIALE Une maison d’accueil pour adultes autistes vient de voir le jour dans un village du Pas-de-Calais. Une première qui fait évoluer la prise en charge de ce handicap

Gilles Durand
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Une ancienne ferme réhabilitée accueille les jeunes adultes autistes, à Vieille-Chapelle, dans le Pas-de-Calais.
Une ancienne ferme réhabilitée accueille les jeunes adultes autistes, à Vieille-Chapelle, dans le Pas-de-Calais. — G. Durand / 20 Minutes
  • Depuis début septembre, un ancien corps de ferme, dans le Pas-de-Calais, a ouvert ses portes à des autistes adultes pour les accompagner dans leur parcours de vie.
  • A terme, le lieu pourra accueillir une quarantaine des personnes autistes.
  • L’asso « Sourires d’autistes », qui gère le lieu, a prévu un espace de coworking, une salle de séminaire et même un gîte qui pourront être loués pour compléter les subventions.

C’est un lieu unique dans les Hauts-de-France, et peut-être en France. Depuis début septembre, un ancien corps de ferme flamand, à la frontière entre le Nord et le Pas-de-Calais, a ouvert ses portes à des autistes adultes pour les accompagner dans leur parcours de vie.

Après une quinzaine d’années de tractations administratives et financières, puis de travaux, l’initiative originale de l’association nordiste « Sourires d’autistes » a enfin pu voir le jour. Cerise sur le gâteau, la Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, est venue, en personne, inaugurer officiellement les lieux, vendredi.

« En France, pas de lieux inclusifs et solidaires »

« C’est un projet innovant qui doit permettre aux autistes, ne bénéficiant plus de prise en charge devenus adultes, d’être accompagnés vers l’autonomie », explique Geneviève Serrure, présidente de « Sourires d’autistes », elle-même maman d’une fille handicapée de 36 ans.

L’idée est née, il y a une quinzaine d’années. « A 20 ans, notre fille a dû revenir vivre chez nous. Dans ces moments-là, on a le sol qui nous glisse sous les pieds, on pleure ou on se remonte les manches. On ne savait pas qu’il fallait les remonter si haut », raconte Geneviève Serrure.

Il lui a fallu arrêter de travailler pour s’occuper de sa fille et chercher, parallèlement, une structure adaptée. « En France, il n’existe pas de lieux inclusifs et solidaires, seulement des foyers d’accueil médicalisés », se désole la présidente de l’asso, installée à Lestrem, à quelques kilomètres de Vieille-Chapelle, où par chance, un bâtiment vide était disponible. Et si ce bâtiment devenait un lieu d’accueil ?

Parcours de vie

Restait à réunir les fonds nécessaires : plus de 3 millions d’euros pour transformer la ferme labellisée, entre-temps, par la Fondation du patrimoine. Aujourd’hui, six salariés, dont un psychologue, accueillent déjà une dizaine de personnes autistes. « On peut aller jusqu’à 40, mais pas en même temps, bien entendu, note Geneviève Serrure. On ne raisonne pas en termes de places, mais de parcours de vie autour de l’emploi, des loisirs et du logement. »

Jean-Michel Desse, maire de Vieille-Chapelle, et Geneviève Serrure, présidente de l'association Sourires d'Autistes, devant le bâtiment qui accueille les adultes autistes, à Vieille-Chapelle, dans le Pas-de-Calais.
Jean-Michel Desse, maire de Vieille-Chapelle, et Geneviève Serrure, présidente de l'association Sourires d'Autistes, devant le bâtiment qui accueille les adultes autistes, à Vieille-Chapelle, dans le Pas-de-Calais. - G. Durand / 20 Minutes

Et d’énumérer les exemples. « On va proposer à Nathan qui maîtrise parfaitement la lecture de lire des histoires aux enfants à la médiathèque voisine. C’est valorisant pour lui, souligne-t-elle. On va aussi proposer à Valentine, qui adore faire de la batterie, d’intégrer une école de musique voisine. »

Et pour compléter les subventions et pérenniser le fonctionnement de cet endroit atypique, l’asso a même prévu de développer un espace de coworking, une salle de séminaire et même un gîte qui pourront être loués.