Lille : Accueil en milieu rural et 45 jours sans portable, une expérimentation pour sortir des mineures de la prostitution

PROSTITUTION L’association Solfa met en place un dispositif d’accueil en milieu rural pour tâcher de sortir de la prostitution les jeunes filles mineures. Unique en France et expérimental, le projet sera ouvert dès la fin d’année à une dizaine de volontaires

Mikaël Libert
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Illustration sur la prostitution.
Illustration sur la prostitution. — SERGE POUZET/SIPA
  • L’association Solfa lance un dispositif expérimental pour les mineures prostituées. Dans un lieu secret situé en milieu rural, une dizaine d’adolescentes suivront un programme d’une durée de six mois.
  • L’idée est de construire avec ces jeunes filles volontaires un parcours de vie en dehors de la prostitution.

Ne pas laisser les enfants sur le bord de la route. Alors que la plupart des adolescentes mènent une vie d’insouciance, d’autres enchaînent les passes dans des hôtels sordides. Le phénomène de la prostitution des mineures, « que l’on ne voulait pas voir », est pourtant une terrible réalité, notamment dans le Nord. Et si cela ne date pas d’hier, les associations constatent un « réveil des pouvoirs publics », certes récent, mais néanmoins louable. Ainsi, l’association Solfa a reçu de l’Etat une subvention d’un million d’euros pour financer un dispositif inédit et expérimental d’accueil pour les mineures victimes de la prostitution.

Il est particulièrement difficile d’estimer le nombre de prostituées mineures en France. Selon le ministère de l’Enfance et de la famille, elles seraient entre 7.000 et 10.000, âgées de 12 à 18 ans. Dans le Nord, l’association Entr’Actes recense « 40 jeunes dont la minorité est avérée » et « 25 signalées par des partenaires de l’association ». La plus jeune n’est âgée que de 10 ans. Issues en grande majorité de l’aide sociale à l’enfance, sorties de tout cadre familial ou institutionnel, souvent consommatrices de produits stupéfiants, ces adolescentes sont extrêmement réticentes à accepter l’aide des associations.

« Créer un lien de confiance avec ces adolescentes déstructurées »

« Nous avons, depuis un an, un dispositif d’hébergement ouvert pour accueillir ces mineures sur des périodes de trois mois renouvelables », explique Jean-Yves Jalain, directeur du pôle protection de l’enfance de l’association Solfa. Globalement, les jeunes filles y trouvent refuge, voient leurs besoins primaires satisfaits sans contrepartie contraignante. « Il s’agit avant tout de créer un lien de confiance avec ces adolescentes déstructurées », reconnaît le travailleur social. Deux places aujourd’hui, quatre d’ici la fin de l’année, « ce n’est pas assez mais toujours mieux que zéro », admet Jean-Yves Jalain.

En novembre, un nouveau dispositif sera expérimenté pendant deux ans par Solfa. Il est toujours question d’accueil de mineures victimes de prostitution, mais à plus grande échelle et avec des règles plus strictes. Le lieu, tenu secret, est situé en « secteur rural », pour éviter les tentations de replonger dans la prostitution ou la toxicomanie. « On n’est plus dans un accueil inconditionnel, mais dans une adhésion au programme qui va leur être proposé », explique Jean-Yves Jalain.

« Amener ces jeunes filles à penser à autre chose qu’à la prostitution »

Sur un programme de six mois, les 45 premiers jours constitueront une période d’observation au cours de laquelle les participantes n’auront pas le droit de sortir ni d’utiliser de téléphone portable. « Dur, mais pas impossible. On mise sur le volontariat de jeunes filles prêtes à faire quelque chose parce que leur situation est trop compliquée. Soit parce qu’elles ont été victimes de violences ou parce qu’elles sont en mauvaise santé », poursuit-il. Un mois et demi de « mise à nu psychique » qui doit aussi permettre aux participantes de retrouver un rythme de vie normal.

Au cours des mois suivants, la quinzaine de travailleurs sociaux, psychologues ou éducateurs va s’affairer à ouvrir l’horizon des adolescentes. « L’idée, c’est d’amener ces jeunes filles à penser à autre chose qu’à la prostitution au travers d’un travail éducatif et thérapeutique individuel et collectif », détaille le directeur du pôle protection de l’enfance de Solfa. Pour éviter que l’ennui les pousse à fuguer, des activités leur seront régulièrement proposées, notamment du maraîchage, de l’élevage, du sport ou même des séjours ludiques.

Le tout est de préparer les jeunes filles à la sortie du dispositif. A l’issue des six mois, selon les situations, elles pourront être orientées dans des institutions, retourner dans leurs familles ou encore effectuer une période transitoire en autonomie dans des appartements de Solfa. Et Jean-Yves Jalain insiste : « tout sera envisagé pour ne pas laisser partir ces adolescentes sans un vrai projet de vie ».