L'âge de tous les possibles

Vincent Vantighem Photos : Eléonore Delpierre

— 

Les guitares sont toujours dans le même carton. Les claviers, toujours face à la fenêtre. Seule la vue a changé. « Quand on déménage, c'est sa vie qu'on nettoie... », chantait Usmar il y a cinq ans. Depuis la sortie de L'âge des possibles, l'auteur-compositeur a quitté Wazemmes pour Hellemmes. Mais il n'a pas nettoyé sa vie.

Le cap des trente ans franchi, le natif de Calais a transformé l'âge des possibles en celui de la raison. Dans sa vie. Dans sa musique aussi. « Je me suis rendu compte que tout ne devait pas toujours être impeccable. Que ce sont les aspérités, les accidents qui rendent la vie si belle. » Du coup, il ne faut pas prendre Rien n'est parfait (son deuxième album qui sortira en septembre) comme un titre négatif.

Voix fluette et traits de gamins : son physique de gendre parfait est pourtant aux antipodes de sa musique parfois mélancolique, de ses textes souvent sombres. « Je ne veux pas remplir des stades mais juste jouer ma musique. » Ça tombe bien. Cet après-midi, c'est dans une salle de Guéret dans la Creuse qu'il a rendez-vous. Au programme, Dracula, un spectacle pour enfants de la compagnie Zapoï qu'il a mis en musique. Réminiscence de son enfance durant laquelle il voulait être comédien. Mais papa jouait de la trompette. Maman, du piano. « Elle m'a initié. Et je l'ai dégoûtée le jour où elle a compris que j'avais une oreille plus musicale qu'elle... »

Nourri à Chet Baker et John Coltrane, Usmar a ainsi développé la capacité d'apprécier tous les genres musicaux. En ce moment, c'est le dernier Oxmo Puccino qui tourne sur son IPod. Mais c'est sur certains titres de Stephan Eicher qu'il avoue pleurer par moments.

Sa musique s'en ressent : après être passée par le rock, la pop et même le trash-métal quand il était ado, elle rejette aujourd'hui les étiquettes. Pour se marrer, Lulu, un autre chanteur nordiste, l'a même qualifiée de « hip-hop pop romantico moderne... » Un style foutraque qui cache en fait une stratégie bien plus réfléchie. Six mois avant leur sortie, les premiers titres de Rien n'est parfait ont déjà été enregistrés. Histoire de les formater pour les programmateurs des radios françaises les plus écoutées. Ce que François-Georges Lacôme, son manager, résume d'une phrase : « Sa musique est intéressante. Mais le top, c'est qu'elle est commercialement possible. » ■