Roubaix : Une journaliste Afghane réfugiée en France lance un appel pour protéger ses proches, menacés par les talibans

AFGHANISTAN Une journaliste afghane forcée à l’exil il y a deux ans voit sa famille recherchée par les talibans après leur retour au pouvoir en Afghanistan. Elle lance un appel aux autorités françaises afin de pouvoir mettre en sécurité sa famille

Mikaël Libert
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Suraya Alizada, journaliste afghane réfugiée en France, craint pour sa famille restée au pays.
Suraya Alizada, journaliste afghane réfugiée en France, craint pour sa famille restée au pays. — M.Libert / 20 Minutes
  • Les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan mi-août après le départ de l’armée américaine.
  • Menacée à plusieurs reprises, Suraya Alizada, une journaliste Afghane, a été contrainte de quitter le pays fin 2018.
  • Les talibans cherchent désormais à mettre la main sur les quatre derniers membres de sa famille, sa mère, sa sœur et deux cousines.

L’appel du désespoir. Le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan a brisé des vies, contraignant à l’exil des centaines de civils dont la vie était menacée par les islamistes, notamment en raison de leur activité professionnelle. Sauf que les talibans n’ont pas attendu de reprendre Kaboul pour continuer de mettre la pression sur les personnes qu’ils estimaient gênantes. Menacée à plusieurs reprises, Suraya Alizada, journaliste pour le quotidien 8am.af, a trouvé refuge en France, en 2018, pour éviter le pire. Mais depuis qu’ils ont repris les rênes de l’Afghanistan, les talibans recherchent la famille de Suraya, restée au pays.

Cela faisait bien longtemps que Suraya Alizada vivait dans la peur avant de quitter son pays, l’Afghanistan. « Je suis une femme, je suis hazara et je suis journaliste, trois raisons pour que les talibans veuillent ma mort », explique la jeune femme de 28 ans. Dans les colonnes du quotidien pour lequel elle travaillait, Suraya écrivait sur l’actualité en général. « Mais bien souvent, l’actualité, c’était des attentats et des horreurs perpétrés pas les talibans », se souvient-elle. Dans un reportage sur l’assassinat d’une femme par lapidation, Suraya a qualifié les talibans de « terroristes ». Les menaces n’ont pas tardé à arriver.

« Tu ne pourras pas t’échapper des mains de nos braves moudjahidines »

Glissée sous la porte de son domicile, la journaliste a découvert une lettre estampillée du sceau de l’Emirat islamique d’Afghanistan. « Tu ne pourras pas t’échapper des mains de nos braves moudjahidines, et c’est toi qui es responsable de tes actes », était-il écrit. Sans compter les menaces par téléphone, le piratage de ses réseaux sociaux. « La lettre, on le sait, c’est le dernier avertissement », assure Suraya. « Je vivais dans la peur, je n’allais plus sur le terrain et quand je sortais, c’était en portant le hijab pour ne pas être reconnue », ajoute-t-elle. Mais ça n’a pas suffi.

Peu de temps avant de quitter le pays, la jeune femme avait repéré deux hommes qui l’attendaient devant chez elle, une bouteille à la main. « Je suis sûre que c’était de l’acide, c’est le genre d’attaque qui se fait souvent contre des femmes en Afghanistan ». La menace de trop. Suraya a pu dégoter un visa étudiant pour aller en Roumanie, seul moyen de quitter l’Afghanistan. « J’ai pris un vol avec une escale à Paris et je suis restée dans l’aéroport Charles de Gaulle jusqu’à ce que la police m’arrête », explique-t-elle. C’était en décembre 2018. Désormais, installée à Roubaix, elle a obtenu le statut de réfugié et s’est inscrite à l’Université pour parfaire son français.

Suraya vivait presque desormais sereinement jusqu’à ce que Kaboul tombe. « Les talibans ont fait irruption chez nous pour tuer ma mère, ma sœur et mes deux cousines, les derniers membres de ma famille. Heureusement, elles ont pu fuir », poursuit-elle. Depuis, elles vivent cachées sans pouvoir sortir. « Les talibans ont battu un voisin pour avoir leur adresse. Il m’a dit qu’il parlerait la prochaine fois parce qu’il ne veut pas mourir ». Sans aucune solution pour exfiltrer ses proches, la jeune femme en appelle aux autorités pour obtenir un visa, quitte à organiser elle-même leur fuite d’Afghanistan. « J’ai écrit à tout le monde, d’Emmanuel Macron à Martine Aubry, mais je n’ai pas eu de réponse. Je m’en veux terriblement, c’est de ma faute si ma famille est en danger », déplore Suraya.