« On va jusqu'au Kazakhstan »

Recueilli par Vincent Vantighem

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Samedi, vous donnerez le coup d'envoi de quatre mois de fête. Dans le contexte actuel, quelle est l'importance de la culture ?

L'artiste roumain Dan Perjovschi a commencé son travail au Tri Postal. Le mot crise apparaît partout dans son oeuvre. Le monde va peut-être se transformer. C'est le moment pour écouter, parler et rencontrer d'autres cultures. Ça tombe bien finalement ! Même si, bien sûr, on serait mieux sans la crise. Je pense que les gens ont besoin du regard des autres pour appréhender ce qui se passe actuellement. Pour découvrir ce qu'il se passe ailleurs aussi.

« Ailleurs », c'est surtout en Europe de l'Est si l'on regarde de près la programmation...

Lille 3000 se concentre en effet sur l'Europe de l'Est. Et on l'assume. A l'Ouest, les frontières sont connues. C'est la mer ou l'océan. Mais à l'Est... J'ai dû regarder sur une carte. On va jusqu'au Kazakhstan. Afghanistan, Tadjikistan : tout se termine en « Tan » dans ce coin-là. J'ai découvert qu'après le Kazakhstan, c'était la Chine. Mais c'était quand même un peu présomptueux de mettre la Chine dans l'Europe.

Pour vous, l'Europe c'est aussi la Turquie et « la Tziganie » ?

La culture rom a fertilisé l'Europe. Le but de Lille 3000 est de voir comment nous nous sommes nourris de différentes civilisations. Pourquoi pas la Turquie en Europe ? On n'est pas là pour poser des drapeaux, on est juste là pour poser le débat. Sans parti pris. On a toujours un regard de supériorité. C'est bête. On aurait tant à gagner en acceptant de se taire et d'écouter les autres.

Après avoir travaillé deux ans sur ce projet, comment définissez-vous l'Europe ?

C'est une bonne question. C'est toute la question, même. Pas sûr qu'on trouve la réponse à l'issue de ces quatre mois de fête. ■