L'agriculture change de terrain

Gilles Durand

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Le monde de l'agriculture est-il en train de vivre une révolution culturelle ? François Théry, exploitant à Gavrelle, près d'Arras, le pense. Comme la plupart de ses collègues de la région, il n'est que locataire de ses terres. Or l'an dernier, il n'a pas voulu s'endetter en achetant une parcelle de 9 hectares qu'il cultivait déjà. Cet adepte de l'agriculture bio est alors devenu le premier exploitant de la région à passer par la foncière Terre de liens pour acquérir des terrains. Cette foncière, créé en 2003, est un outil d'investissement solidaire qui collecte de l'épargne auprès de particuliers. L'argent sert à acheter des terres destinées uniquement à l'installation d'agriculteurs respectueux d'une certaine éthique environnementale.

« L'objectif est d'éviter la spéculation foncière et de proposer une solution alternative pour aider aussi de jeunes agriculteurs à s'installer », explique Stéphanie Petitcunot, de l'association Terre de liens. Pour l'instant, seuls cent cinquante épargnants ont investi dans ce projet solidaire. Tandis que trois ou quatre agriculteurs se sont montrés intéressés par ce nouveau mode de fonctionnement où l'endettement n'est plus une fatalité. « Il faut changer de mentalité, souligne François Théry. Il y a une hypocrisie à vouloir accumuler à tout prix un patrimoine et à demander en même temps une augmentation des revenus. » Pourtant, hier, dans les rangs des manifestants, ces problèmes d'endettement et de pressions foncières étaient sur toutes les lèvres. Une conférence sur le sujet doit se tenir à Lille, le 2 avril. ■