Lille : La ville teste un procédé d’isolation « zéro énergie » pour rénover ses bâtiments publics

TRANSFORMATION ENERGETIQUE La ville de Lille entame une série de rénovations thermiques de bâtiments, en utilisant un procédé qui promet une neutralité énergétique

Gilles Durand
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Illustration de réhabilitation et d'isolation de bâtiment par l'extérieur. Ici, à Lille, l'école Thierry Launay, dans le quartier de Moulins, qui n'utilise pas le procédé EenrgieSprong.
Illustration de réhabilitation et d'isolation de bâtiment par l'extérieur. Ici, à Lille, l'école Thierry Launay, dans le quartier de Moulins, qui n'utilise pas le procédé EenrgieSprong. — G. Durand / 20 Minutes
  • La ville de Lille compte utiliser le système néerlandais « EnergieSprong » pour la rénovation thermique de nombreux bâtiments municipaux d’ici à la fin du mandat.
  • Ce procédé d’isolation par l’extérieur permet d’installer des façades préfabriquées en usine.
  • En 2023, deux écoles et une salle de sport seront réhabilitées façon « EnergieSprong »

On peut traduire en français par « saut énergétique ». La France découvre peu à peu le procédé d’isolation thermique néerlandais « EnergieSprong » : une méthode industrialisée de rénovation de bâtiments par l’extérieur, venue des Pays-Bas. La ville de Lille, où les passoires thermiques sont légion, va s’y mettre et souhaite y ajouter un aspect écologique.

Le principe est assez simple : installer, sur l’existant, des façades préfabriquées en usine. Une sorte de « manteau isolant » ultra-performant qui englobe tout le bâtiment pour éviter les ponts thermiques. Pour des bâtiments de même structure, ce procédé permet de raccourcir les durées de chantier et, à grande échelle, peut engendrer une économie de budget.

Environ 40 bâtiments rénovés d’ici la fin du mandat ?

Ces arguments, la ville de Lille les a entendus. En 2023, deux écoles et une salle de sport seront réhabilitées façon « EnergieSprong ». Et d’ici la fin du mandat, en 2026, ce sont une quarantaine de bâtiments municipaux qui pourraient suivre le même chemin.

« Ce procédé de rénovation thermique peut nous convenir car, parmi nos 550 bâtiments municipaux, beaucoup sont construits sur la même trame datant des années 1960. Nous étudions la faisabilité », assure Audrey Linkenheld, adjointe à la Transition écologique à la mairie de Lille.

Car la réglementation concernant la transition énergétique oblige normalement les collectivités territoriales à s’emparer de la question de l’isolation du patrimoine immobilier pour respecter l'objectif européen de neutralité climatique jusqu'en 2050. Audrey Linkenheld a fait le compte : « C’est un programme colossal qui nous attend. A Lille, le budget rénovation des bâtiments devrait, dans l’absolu, coûter entre 9 et 12 millions d’euros par an, pendant trente ans. Jusqu’à la fin du mandat, un budget d’environ 50 millions d’euros a déjà été anticipé ».

Une filière en cours de structuration

Une aubaine pour le bureau d’études vers la transition énergétique, Alterea. Les ingénieurs lillois misent beaucoup sur « EnergieSprong ». « Au Pays-Bas, plus de 5.600 logements, essentiellement des maisons individuelles, ont été rénovés selon ce procédé depuis une dizaine d’années. En France, la dynamique a été enclenchée en 2016. Il s’agit donc d’une filière en cours de structuration », souligne Joaquim Ventura, ingénieur commercial chez Alterea.

Plusieurs projets pilotes sont terminés, comme la rénovation de 12 logements individuels à Longueau, dans la Somme. D’autres, d’un volume plus conséquent de logements, sont en cours de réalisation, comme le projet de réhabilitation de 32 logements collectifs Vilogia à Roubaix. « Il s’agit ici d’isoler par l’extérieur un immeuble avec des éléments préfabriqués constitués d’une ossature métallique légère et de laine de roche », explique Joaquim Ventura.

Bilan énergétique nul

Toujours dans les Hauts-de-France, mais aussi dans les Pays-de-la-Loire, un groupement de bailleurs a engagé une démarche collective pour une « massification de la réhabilitation énergétique ».

L’avantage de ces potentiels programmes de rénovation thermique est qu’ils promettent un bilan énergétique nul, c’est-à-dire que le logement produit autant d’énergie qu’il en consomme. Et ce pendant trente ans garantis.

Reste un dernier obstacle à surmonter : l’aval des Architectes des bâtiments de France. « Certains bâtiments municipaux sont classés patrimoine remarquable, avoue l’adjointe lilloise, Audrey Linkenheld. Donc difficilement réhabilitables par l’extérieur. »