Lille : Le Café de Paris baisse définitivement le rideau sur plusieurs décennies de souvenirs

PATRIMOINE Le Café de Paris, une véritable institution du centre-ville de Lille, fermera à tout jamais ses portes à la fin du mois de juillet. A sa place, d’ici fin 2021, c’est un Café joyeux qui doit ouvrir, dans un style radicalement différent

Mikaël Libert

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Mathieu Bacqueville (G) et son père Christian, les patrons du Café de Paris.
Mathieu Bacqueville (G) et son père Christian, les patrons du Café de Paris. — M.Libert / 20 Minutes
  • Le Café de Paris, l’un des plus anciens bistrots de Lille, ferme ses portes.
  • L’endroit sera transformé en Café Joyeux, une chaîne de cafés-restaurants qui emploient des personnes en situation de handicap.
  • L’ouverture de ce concept, inédit à Lille, doit intervenir d’ici à fin 2021.

« Ce qu’il se passe au bistrot reste au bistrot ». C’est une règle d’or qu’il faut pourtant enfreindre aujourd’hui. Parce que depuis qu’il est installé dans ce bâtiment classé, au coin de la rue Pierre-Mauroy et de la rue St-Nicolas, à Lille, le Café de Paris en a vu passer des fragments de vie, voire des vies entières. Et si les souvenirs resteront, l’établissement, lui, fermera bel et bien ses portes dans quelques jours pour laisser la place, fin 2021, à un «  Café joyeux ». Des larmes ne manqueront pas de couler, samedi, en même temps que les dernières bières servies par le patron, Mathieu Bacqueville.

De mémoire de journaliste lillois quasi quinquagénaire, le Café de Paris a toujours existé au 34 de la rue Pierre-Mauroy, anciennement rue de Paris. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait vrai. Toujours est-il que cela fait un sacré bail que l’on peut y boire des coups et y manger de la bonne cuisine familiale dans un décor qui n’a presque pas bougé depuis trois décennies. Dans les années 1990, l’endroit était tenu par « gros Bruno » et son labrador Galopin. Lui ont succédé Gabriel puis, en 2007, Christian et Mathieu Bacqueville, père et fils, tout droit arrivés de Cambrai.

Des plats du jour et une chope pour une dizaine d’euros

En son temps, le bistrot était un véritable repaire de journalistes, essentiellement de nos confrères de la Voix du Nord, voisins de l’établissement. On y fumait, on y jouait à la belote et au tarot jusqu’à des heures qui feraient, aujourd’hui, frémir la police municipale. Et malgré la valse des patrons, l’endroit demeurait un café d’habitués, loin de l’ambiance aseptisée des franchises, désormais omniprésentes à Lille. Au Café de Paris, on appelait les clients par leurs prénoms, par le nom de leur boisson favorite ou par des surnoms caractéristiques.

Mathieu (G) et Christian Bacqueville, père et fils.
Mathieu (G) et Christian Bacqueville, père et fils. - M.Libert / 20 Minutes

Les derniers patrons du lieu, Christian et son fils Mathieu, avaient à cœur de bien nourrir leur clientèle. Le midi, pour environ 10 euros, on pouvait se payer une copieuse spécialité locale en plat du jour et une chope. Et lorsqu’il était inspiré, Christian, charcutier traiteur de formation, pouvait élaborer des plats hors carte, « suggestions » dont se souviennent encore ceux qui ont eu la chance d’y goûter.

A Lille, les brasseries traditionnelles et familiales comme le Café de Paris se comptent peut-être sur les doigts d’une main. Une main à laquelle il manquera bientôt un doigt lorsque ce bistrot sera fermé. Ce n’est pas la crise du coronavirus qui aura eu raison de l’établissement, mais plutôt une forme de lassitude après 14 ans d’un labeur qui laisse peu de place à la vie privée. Alors, si père et fils sont soulagés d’avoir vendu l’affaire, tous deux regrettent néanmoins de voir s’éteindre avec eux le Café de Paris. En effet, dans quelques mois, après de lourds travaux, c’est un tout autre concept qui va s’installer entre les antiques murs : le Café joyeux, une chaîne de cafés-restaurants qui emploie des personnes en situation de handicap.