Un tram-train sorti de la Manche

Aurore Malval

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« A la SNCF, ils n'en ont rien à cirer du littoral. » Fort de ce constat, Thaddée Segard, président de l'association Opale Link, qui milite pour le renforcement du lien transfrontalier, a décidé d'arrêter de regarder passer les trains. Un « métro transmanche » reliant Calais-Fréthun à Ashford en vingt minutes, c'est l'idée que l'entrepreneur calaisien essaie de vendre en France et en Angleterre.

Et si les Eurostars ont diminué leur fréquence d'arrêt à Calais, Thadée Ségard est formel : « Il y a un marché pour ce projet, une étude est en cours, ça va décoiffer. » D'autant que les Jeux olympiques de Londres, qui ouvriront en 2012, ont déjà prévu d'instaurer une navette entre Londres et Ashford. Le public visé : les « commuteurs », ceux qui travaillent en Angleterre et habitent en France. Problème : la région ne bénéficie pas encore de statut transfrontalier, et la Grande-Bretagne ne fait pas partie de la zone Schengen. Difficile dès lors d'éviter des contrôles à la frontière qui allongent le temps de trajet. « Les Suisses ont bien créé un statut spécial pour les travailleurs transfrontaliers alors qu'ils ne faisaient partie ni de Schengen ni de l'Europe », rétorque, optimiste, le président d'Opale Link. Reste encore à savoir quelle société se chargera d'affréter les fameux tram-trains, le monopole de la SNCF prenant fin en 2010. « Nous sommes très attentifs à ce qui va se passer », déclare Dominique Plancke, président (Verts) de la commission transport à la région Nord-Pas-de-Calais. Une vigilance partagée par la direction d'Eurotunnel qui, tout en étant « favorable à ce qui peut rapprocher les deux côtes », souhaite pour l'instant « exploiter au mieux ce qui existe déjà ». ■