Florence Cassez réclame un peu de grâce

Vincent Vantighem (avec Nadia Daam)

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Difficile de ne pas y voir un lien. A quatre jours de la visite officielle de Nicolas Sarkozy au Mexique, Florence Cassez a été condamnée, mardi en appel à une lourde peine de prison par un juge mexicain pour une série d'enlèvements et port d'armes. Explications.

Quelle est vraiment sa peine ? Vingt ans par enlèvement, dix ans pour port d'armes : Florence Cassez a été condamnée en appel à soixante-dix ans de prison. Mais l'article 25 du Code pénal mexicain limite à soixante ans la durée maximale de détention : sa peine devrait donc être réduite de dix ans. Outre la prison, la condamnation prévoit en plus une amende de 299 520 dollars, convertible en 6 400 jours de travaux forcés.

Que lui reproche-t-on ? Le 8 décembre 2005, la Nordiste a été arrêtée avec son compagnon Israël Vallarta pour avoir enlevé et séquestré quatre personnes dans un ranch mexicain ainsi que pour possession d'armes. Le lendemain, la police a monté une reconstitution pour les télévisions. Florence Cassez a toujours clamé son innocence.

Peut-elle être graciée ? Oui, mais ce sera compliqué. La grâce présidentielle (El indulto) ne pourra être accordée que si la Nordiste reconnaît sa culpabilité ou démontre son innocence avec de nouvelles preuves. Seul problème : l'enlèvement est l'un des crimes pour lequel une grâce n'est jamais accordée habituellement, d'après le Code de procédures pénales mexicain. Ce qui n'empêche pas le père de Florence Cassez de réclamer l'appui de Sarkozy pour l'obtenir.

Sarkozy peut-il la ramener en France ce week-end ? Oui, à condition de trouver un accord avec le président Calderon en dépit de la procédure. D'ailleurs, même si les délais pour y parvenir paraissent très courts, le président mexicain a déclaré hier à l'AFP que l'éventuel transfert de Cassez en France était une « possibilité ».

Peut-elle purger sa peine en France ? Oui. Un accord d'extradition existe entre le Mexique et la France. S'il était activé, la peine de la Nordiste serait commuée en droit français, à savoir vingt ans de prison.

Peut-elle encore contester sa condamnation ? Oui. A l'image de notre pourvoi en cassation, il existe l'Amparo au Mexique. Après une condamnation en appel, ce recours devant la Cour suprême mexicaine appelle trois juges à se pencher sur la forme d'une affaire et le respect des droits de l'homme. Seul problème : son instruction prend entre un et deux ans.

Peut-on mettre en cause la justice mexicaine ? Frank Berton, l'avocat de Florence Cassez, parle d'une « mascarade ». Thierry Lazaro, député (UMP) du Nord, d'un « déni de justice ». De fait, le Mexique s'est vu attribuer l'an dernier un indice de corruption de 3,6/10 (10 correspondant aux pays les moins corrompus) par l'ONG Transparency International. ■