Lille : Gérald Darmanin veut s’opposer à l’ouverture d’une salle de shoot

DROGUES Le ministre de l’Intérieur, candidat aux départementales dans le Nord, s’est dit opposé au projet d’ouverture d’une salle de consommation à moindre risque porté par la maire de Lille, Martine Aubry

Mikaël Libert

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Illustration d'une salle de shoot.
Illustration d'une salle de shoot. — M.Libert / 20 Minutes
  • La mairie de Lille a confirmé l’ouverture prochaine d’une salle de consommation à moindre risque (salle de shoot).
  • Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a écrit au préfet du Nord pour lui signifier sa « ferme opposition » à ce projet.
  • Il avance des arguments de tranquillité publique à l’exacte opposée des constats établis par le ministère de la Santé.

Quel est son projet ? Dans un courrier daté de lundi, dévoilé par l’AFP, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, fait part au préfet du Nord de sa « ferme opposition » à l’ouverture prochaine d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR) à Lille. Le ministre, candidat aux départementales dans le Nord, prend position tardivement, sachant que le projet était dans les cartons de la mairie depuis quelque temps et qu’il avait été écrit noir sur blanc dans le programme de Martine Aubry aux municipales.

Selon l’AFP, Gérald Darmanin prévient le préfet que l’Etat n’accordera aucun soutien au projet de l’élue socialiste lilloise. « La drogue ne doit pas être accompagnée mais combattue », écrit le ministre dans sa lettre. Etonnant quand on sait que, pour ouvrir, une SCMR doit recevoir l’aval de la préfecture et du ministère de la Santé. Que le travail préparatoire est mené en lien avec ces mêmes instances, l’Agence régionale de santé (ARS) et les associations. Et que la mairie n’aurait pas annoncé la date et le lieu d’ouverture sans avoir obtenu tous les feux verts.

Des points de vue qui diffèrent selon les ministères

Dans son argumentaire, le ministre de l’Intérieur explique que ses services ont constaté sur le terrain « les conséquences extrêmement néfastes de la création des SCMR de Paris et de Strasbourg ». Il ajoute que ces endroits favorisent « la fixation des consommateurs en un lieu unique, avec tous les troubles associés : dégradations, injection à la vue de tous, rixes… ».

Il semble que, selon les ministères, les constatations sur le terrain ne sont pas du tout les mêmes. Ainsi, début juin, le ministère de la Santé a confirmé qu’il souhaitait pérenniser les SCMR existants et les inscrire « dans le droit commun » afin de laisser la possibilité « aux communes d’ouvrir de nouvelles salles ». Les services d’Olivier Véran avaient reconnu le bilan « positif » des SCMR installées à Paris et Strasbourg, bien que la première soit très contestée par les riverains.

Interrogé par 20 Minutes, le professeur en addictologie au CHU de Lille, Olivier Cottencin avait déclaré : « Il y a des chiffres objectifs dans les villes où l’expérimentation a lieu. Cela montre que la situation ne peut pas être pire et qu’elle est souvent meilleure ». Même son de cloche pour  la sociologue Marie Jauffret-Roustide : « lorsqu’on regarde les statistiques de la délinquance, on n’observe pas de dégradation », expliquait-elle au sujet de la SCMR de Paris.