Hauts-de-France : sur la Côte d’Opale, le surf soulève une vague d'enthousiasme

Sport Plusieurs écoles, un « shaper » et des centaines de pratiquants. Si elle est encore loin de ressembler au Pays basque, la Côte d’Opale attire de plus en plus de surfeurs

Nicolas Montard
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La Wimereux Surf School en action sur la plage de Wimereux.  Cette école vient d'ouvrir, illustrant l'engouement pour le surf, même sur les vagues nordistes.
La Wimereux Surf School en action sur la plage de Wimereux. Cette école vient d'ouvrir, illustrant l'engouement pour le surf, même sur les vagues nordistes. — EDOUARD BRIDE / HANS LUCAS
  • On peut tout à fait surfer sur les côtes du nord de la France
  • La pratique de ce sport gagne d’ailleurs de plus en plus d’adeptes
  • Des professionnels, comme un shaper et des écoles, tentent d’en vivre désormais

Surfin’Pas-de-Calais. En cette matinée ensoleillée, la Manche est encore frisquette à Wimereux. Pas de quoi décourager ces cinq adolescentes en combinaison, suspendues aux lèvres de leur coach qui leur distille ses conseils : « On s’allonge sur la planche, on regarde la vague qui arrive, on rame pour prendre de la vitesse, allez on rame, on rame et hop, on se met debout, on pousse derrière, pied avant… Pas mal ! »

Ces jeunes filles suivent un cours de surf auprès de Pierre-Louis Couvelard. L’avenant professeur de 25 ans vient d’ouvrir la « Wimereux Surf School », une nouvelle école sur la Côte d’Opale après l’Ecole de surf du Nord, à Equihen, créée en 2019, et Côte d’Opale Surfing, au Touquet, en 2017. L’enfant du pays, qui voit en Wimereux « un endroit idéal pour apprendre », n’a pas chômé les premières semaines. Illustrant parfaitement un phénomène : le surf, que l’on imagine plutôt circonscrit aux plages du sud ouest, se développe grandement sur les côtes des Hauts-de-France depuis cinq ans, avec plusieurs centaines de pratiquants sur les vagues. « En 1998, il y avait vingt surfeurs sur toute la Côte d’Opale, s’amuse Eric Veinberg, l’un d’entre eux. Aujourd’hui, même quand les températures sont négatives, nous sommes trente sur un seul spot. »

S’adapter au terrain de jeu

Les Hauts-de-France seraient-ils un nouveau terrain de jeu idéal pour faire du surf ? Il ne faut pas exagérer. Les rouleaux y sont moins puissants et moins fréquents que dans le Sud-Ouest. Le fond de houle se fait parfois attendre. Les surfeurs locaux jonglent donc avec la direction du vent, la houle et la période (le temps entre deux vagues) pour identifier le bon spot au bon moment. Ainsi, Julien Fleurman, rencontré un matin d’hiver à 8h, passera deux heures entre Wimereux et Ambleteuse à hésiter à se mettre à l’eau avant de rentrer chez lui, bredouille mais pas si dépité. « Une fois que tu es dans l’eau, c’est tellement magique… Donc, je ne regrette jamais ! C’est le seul sport pour lequel je peux me lever à 4h ! ».

A quoi attribuer ce développement ? Une conjonction d’événements, estiment les surfeurs. Le boom du paddle a amené davantage de pratiquants vers le surf, tandis que les combinaisons, plus légères et efficaces, rendent la pratique plus agréable. Le nombre d’adeptes progresse partout en France, grâce au côté nature et facile d’accès de la discipline. Le sentiment de liberté procuré compte aussi… Encore plus dans cette période entrecoupée de restrictions.

Shaper nordiste et nom basque

Le phénomène est tellement marqué que, désormais, la région a ses « shapers ». Pour en trouver un, il faut aller à Sangatte, où Eric Veinberg est justement occupé à réaliser le concave d’une planche. Des planches de surf, il en fabriquait pour lui depuis les années 1990 mais, désormais, le prof d’EPS dans un lycée calaisien les dessine à mi-temps pour les autres. Entre 15 à 20 heures de travail pour une planche fabriquée sur mesure et déjà beaucoup de demandes se satisfait-il. Selon ses calculs, la clientèle locale devrait lui suffire à vendre 70-80 planches par an et demain vivre à plein temps d’Izurdea composite. Un nom qui signifie dauphin… en basque. L’esprit du Sud Ouest n’est jamais loin chez les surfeurs.