Lille : La ville va implanter une « salle de shoot » d'ici la rentrée

TOXICOMANIE Le prochain conseil municipal doit entériner l’implantation d’une salle de consommation à moindre risque

Mikaël Libert
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Une «salle de shoot» à Paris (illustration)
Une «salle de shoot» à Paris (illustration) — Henri Garat / SIPA
  • La maire de Lille, Martine Aubry, a confirmé sa volonté d’accueillir une salle de shoot dans sa ville.
  • Si le dossier était validé par les autorités, la salle devrait être installée d’ici au mois de septembre.
  • L’expérimentation à Lille pourrait ainsi durer un an avant d’être pérennisée.

Prévenir et guérir. Il y a quelques jours, au détour d’une conférence de presse sur le protocole de déconfinement, Martine Aubry, maire de Lille, a confirmé son intention d’implanter une salle de consommation à moindre risque (SCMR) dans sa ville. Un équipement utile et nécessaire dont l’arrivée prochaine n’est finalement pas une surprise.

Plusieurs candidats à la dernière élection municipale à Lille, dont la maire sortant Martine Aubry, avaient inscrit dans leurs programmes leur volonté de mettre en place une salle de consommation à moindre risque, aussi appelée « salle de shoot ». Jeudi dernier, l’élue a confirmé qu’une « délibération serait proposée au vote lors du prochain conseil municipal », le 29 juin prochain et que « le lieu avait déjà été trouvé ».

Une implantation « au plus près des lieux de consommation »

De manière générale, dans les villes déjà équipées en SCMR, celles-ci sont installées à proximité des Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (CAARUD). A Lille, celui géré par La Sauvegarde du Nord se trouve rue Jean-Jaurès, dans le quartier de Moulins. Si la mairie a refusé de préciser le futur lieu d’implantation, il pourrait néanmoins s’agir de l’ancienne école Saint-Exupéry située dans le même quartier et que la ville va mettre à disposition de La Sauvegarde du Nord pendant 5 ans. Une hypothèse que la ville dément néanmoins. « Ce n’est pas encore sûr, mais il est vrai que ces structures doivent se trouver au plus près des lieux de consommation, dans les quartiers où se trouvent les toxicomanes », explique le professeur en addictologie au CHU de Lille, Olivier Cottencin.

Pour le scientifique, il ne fait aucun doute qu’une SCMR est nécessaire à Lille : « La prise d’héroïne de manière non encadrée est le principal contaminant à l’hépatite C dans la métropole », assure-t-il. Une maladie qui peut avoir de graves conséquences sur ce type de public alors qu’elle est pourtant « curable dans 98 % des cas » selon le Pr Cottencin. « Une SCMR permet l’accès aux soins de ''bas seuil'', c’est-à-dire aux personnes très précaires, à la rue et souffrant de comorbidités physiques », renchérit-il. Et c’est cet accès aux soins qui constitue le premier pas vers la désintoxication.

Si Lille veut entrer dans le cadre de la loi d’expérimentation, il va falloir faire vite, celle-ci se terminant en 2022. « Cela veut dire que la SCMR doit ouvrir au plus tard en septembre prochain avec une quasi-certitude de pérennisation », estime l’addictologue. Reste à faire passer la pilule auprès de la préfecture, du parquet et des futurs riverains. « Il y a des chiffres objectifs dans les villes où l’expérimentation a lieu. Cela montre que la situation ne peut pas être pire et qu’elle est souvent meilleure », affirme Olivier Cottencin.