Lille : Cafards, punaises de lit, humidité… Des résidences universitaires toujours aussi vétustes

LOGEMENT ETUDIANT L’état de vétusté de plusieurs résidences étudiantes du campus de Cité scientifique revient chaque année sur la table

Mikaël Libert

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La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq.
La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq. — M.Libert / 20 Minutes
  • A Villeneuve d’Ascq, dans le Nord, deux bâtiments d’une résidence universitaire sont dans un état particulièrement insalubre.
  • Les résidents se plaignent notamment de la présence de cafards, de moisissures et de punaises de lit.
  • Un député communiste du Nord doit interpeller la ministre de l’Enseignement supérieur à ce sujet, mardi, à l’Assemblée nationale.

Triste marronnier. Il est des sujets que l’on traite régulièrement alors que l’on préférerait ne plus avoir à en parler. C’est le cas de l’état de vétusté, pour ne pas dire délabrement, de certaines résidences étudiantes du campus universitaire de Cité scientifique, à Villeneuve d’Ascq, près de Lille, dans le Nord. Mardi, à l’Assemblée nationale, le député communiste du Nord, Alain Bruneel, compte porter la voix des habitants de ces résidences jusqu’aux oreilles de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur.

Lorsque l’on arrive sur le campus Cité scientifique, on ne remarque même pas l’imposante résidence Albert Camus, bien cachée derrière un rideau d’arbres. Composée de sept bâtiments, elle forme un ensemble hétérogène de logements pour les étudiants. Entre les bâtiments récemment rénovés et les pavillons W et X, il y a un monde. Devant les entrées, des bennes débordant d’ordures. Les fenêtres sont plus que défraîchies, parfois même remplacées par des panneaux de contreplaqué assurément peu isolants. L’endroit à tout pour attirer les fans d’urbex, sauf qu’il n’est pas abandonné, du moins pas par ses habitants. « C’est encore moins bien qu’une prison parce qu’au moins, la prison, c’est gratuit », lance un résident du pavillon X.

« Les moisissures sont incluses dans le loyer »

Ce qui a motivé le député Alain Bruneel à intervenir hors de sa circonscription, c’est une vidéo tournée par des étudiants montrant les invités indésirables avec lesquels ils partagent leurs chambres : « Ici, les cafards et les moisissures sont inclus dans le loyer », ironise Safwane, étudiant en relations internationales. Lui, il habite le pavillon X depuis sept ans : « La résidence se dégrade au fil du temps et tenter de se plaindre au Crous équivaut à parler à un mur », déplore le jeune homme.

La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq.
La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq. - M.Libert / 20 Minutes

Le bois des fenêtres de sa chambre est pourri, laissant passer le froid. Dans ses 9 m2, une seule prise fonctionne pour alimenter tous ses appareils. « De toute façon, je n’ai pas de frigo à cause des cafards », soupire Safwane en nous montrant les multiples pièges installés pour tenter de limiter l’invasion. Sans compter les punaises de lit.

La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq.
La résidence Camus, sur le campus de Cité scientifique à Villeneuve d'Ascq. - M.Libert / 20 Minutes

L’état des sanitaires de chaque étage dissuaderait même un aventurier comme Mike Horn de se laver. L’air froid passe tranquillement par les fenêtres branlantes. « A mon étage, il y a seulement deux douches et deux toilettes qui fonctionnent pour 40 personnes », poursuit Safwane. Et que dire de la « cuisine », équipée d’un seul évier et d’une seule plaque chauffante pour l’ensemble des résidents du pavillon X ? « Je pense que le Crous ne souhaite pas investir dans une résidence qui sera un jour rénovée », explique Boubacar, fondateur du collectif « Agir ensemble pour le bien-être des étudiants ».

« Les Bâtiments X et W ne seront pas réhabilités »

Ce n’est pas tout à fait vrai semble-t-il. « Rénovation électrique du bâtiment W, des escaliers des issues de secours et des cuisines des deux bâtiments, rénovation de huit blocs sanitaires ». En tout, 785.000 euros de travaux depuis 2019 selon le Crous. Les antiques portes d’entrée en bois des bâtiments X et W ont été remplacées récemment par des menuiseries en aluminium flambant neuves. Coût du chantier : 35.000 euros. « Au moins, l’ancienne porte fermait avec un code. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tout le monde peut rentrer, il y a eu des cambriolages et des SDF viennent prendre leur douche parfois », assure un autre résident.

Beaucoup d’argent a, par ailleurs, été investi pour rénover entièrement certaines résidences de ce campus, notamment une partie de Camus en 2018. Fin 2020, 24 millions ont été débloqués pour rafraîchir lourdement quatre bâtiments des résidences Bachelard et Boucher. Pour les pavillons X et W ? « Beaucoup d’étudiants de ces résidences sont des étrangers qui n’osent pas se plaindre parce que, de toute façon, ils n’ont pas les moyens d’aller vivre ailleurs », regrette Safwane. « Il faut geler les loyers, reloger ces étudiants et reconstruire ces résidences pendant ce temps », insiste le député Alain Bruneel.

La réponse du Crous, contacté par 20 Minutes, est sans détour : « Les Bâtiments X et W ne seront pas réhabilités », nous explique-t-on. Propriété du Crous, ils doivent être restitués en 2023 à l'Université de Lille qui n'a pas encore de projet défini pour ce site. «D'ici là, nous allons devoir vider des bâtiments. Nous aimerions le faire rapidement mais nous manquons de place pour reloger les étudiants à cause des autres résidences qui sont actuellement en travaux», assure le directeur du Crous, Emmanuel Parisis.