Lille : Un ex-officier de police devant le tribunal pour vol aggravé auprès de victimes décédées

JUSTICE Un ancien capitaine de police comparaît pour vol aggravé et blanchiment devant le tribunal de Lille, soupçonné d’avoir dérobé des biens chez des défunts, au cours de ses enquêtes

Gilles Durand
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Illustration de scellés.
Illustration de scellés. — JC Tardivon / SIPA
  • Un ancien officier de police comparaît devant le tribunal de Lille pour vol aggravé.
  • Stephen D. est soupçonné d’avoir profité de son statut de policier pour dérober des objets de valeur chez des personnes défuntes afin de les revendre sur internet.

Mise à jour, le 22 mai 2022 : Le prévenu, Stephen D., a été condamné à 4 ans de prison avec sursis, avec interdiction d’exercer dans la fonction publique et confiscation des biens saisis. Il a fait appel du jugement.

« C’était un très bon flic, très bien noté, qui aurait pu devenir commissaire ». Son avocat, Jean-Philippe Broyart, a du mal à comprendre comment le destin de Stephen D., capitaine de police à Lille, a pu basculer. L’homme, âgé de 40 ans au moment des faits, comparaît, en effet, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Lille, pour vol aggravé et blanchiment, en compagnie de son père, soupçonné de complicité.

En mai 2013, c’est une affaire peu banale qui débarque chez le procureur de la République de Lille. Depuis deux ans, une enquête a été ouverte auprès de l’IGPN (la police des polices) contre un officier suspecté de dérober des objets de valeur chez des personnes décédées.

Soupçonné d’une trentaine de vols

Profitant de sa fonction de responsable d’un service d’investigation, Stephen D. a facilement accès aux logements placés sous scellés où, souvent, il y a eu un décès. Un jour, le commissariat de Lille reçoit une lettre d’une personne constatant la disparition de deux ordinateurs au domicile de son père. Or, la mort de ce dernier avait fait l’objet d’une enquête de police.

Une autre fois, c’est le fils d’une autre victime qui découvre la mise en vente, sur le site de commerce en ligne eBay, de l’ordinateur (encore un) de son père récemment décédé. Lorsqu’ils font des recherches sur l’adresse informatique du vendeur, les enquêteurs remontent jusqu’à Stephen D.. Ce dernier est finalement repéré pour une trentaine de ventes suspectes d’objets sur internet, entre 2009 et 2012.

Le mis en cause ne semblait prendre aucune précaution pour revendre son butin. Ordinateurs, matériel informatique, GPS, téléphones portables, appareils photos, foulards de marque, bons au porteur… Tout se retrouvait sur eBay. Même des pièces d’or qu’il nie avoir dérobé. « Il a reconnu l’ensemble des faits, sauf les pièces d’or qu’il dit avoir reçu en héritage », assure Me Broyart.

Radié de la police

« Un an avant sa mise en examen, il avait été interrogé par l’IGPN. Pourtant, il a laissé traîner toutes les preuves chez lui : des clés USB avec la photo des défunts, notamment. Comme s’il savait qu’il se ferait prendre », explique son avocat qui le présente comme « quelqu’un de droit » lorsqu’il l’a connu sur les bancs de l’université.

Placé en garde à vue en mai 2013, l’officier avait nié avant de reconnaître les faits devant le juge d’instruction. A l’époque, il avait échappé à la détention provisoire réclamée par le ministère public, mais s’était retrouvé placé sous contrôle judiciaire.

Depuis, il a été radié de la police et a retrouvé du travail. « Quel intérêt de l’envoyer en prison ? », plaide Me Broyart qui espère une peine de détention aménageable de moins d’un an et des dommages et intérêts pour les familles des victimes.

« Il a trompé tout le monde »

Des dommages et intérêts, son ex-femme, elle aussi policière à Lille, en réclamera aussi, mais dans un procès ultérieur. « Je dois attendre l’issue de ce procès au pénal pour pouvoir demander des réparations au civil », explique-t-elle à 20 Minutes.

Car pour elle aussi, la vie a basculé le jour de la mise en examen. « Il a trompé tout le monde. Y compris moi. Et comme nous étions mariés et qu’il s’est déclaré insolvable, j’ai perdu une partie des biens sans pouvoir me porter partie civile », explique-t-elle. Une victime collatérale.