Coronavirus à Lille : A poil, en colère, en chantant ou en dansant, le monde de la culture a manifesté sur la Grand Place

CULTURE Plusieurs artistes se sont produits vendredi sur la Grand Place de Lille pour faire entendre leurs revendications

Francois Launay

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Les gens ont dansé vendredi sur la Grand Place
Les gens ont dansé vendredi sur la Grand Place — F.Launay/20 Minutes
  • De nombreux artistes se sont réunis vendredi après-midi sur la Grand Place de Lille.
  • Une manifestation en chantant et en dansant pour faire entendre leurs revendications devant environ 500 personnes. 

Des chants, de la danse, un géant, un homme déguisé en Pap 40, des concerts, des artistes et environ 500 spectateurs. Vendredi après-midi sur la Grand-Place de Lille, il y avait comme des airs du monde d’avant avec ce joyeux bordel. Même si les masques sur les visages de 95 % des gens et 7 cars de CRS étaient là pour rappeler qu’on se trouve bien en état d’urgence sanitaire depuis un an.

Ce rassemblement festif et militant a été organisé dans le cadre des Vendredi de la colère, une initiative nationale en lien avec l'occupation des lieux culturels qui ont commencé depuis deux semaines dans toute la France. A Lille, c’est la deuxième fois en quinze jours que les acteurs du monde culturel se sont réunis sur la Grand-Place pour faire entendre leurs revendications.

Plusieurs revendications comme l’abrogation de la future réforme du chômage

« On souhaite évidemment la réouverture des lieux culturels mais aussi l’abrogation de la future réforme de l’assurance chômage qui va impacter 40 % des gens. On réclame aussi une nouvelle année blanche pour les intermittents sinon on risque de perdre beaucoup de monde. La colère est grande car on n’a pas d’horizon. On ne sait rien sur ce qui va se passer. On a besoin de réponses et on a un silence total de la part du gouvernement. Il y en a qui ne sont pas montés sur une scène depuis un an. C’est très long », explique la comédienne Marion Martel.

Parmi ces gens qui ne se produisent plus ou presque depuis un an figure Clémence Vandaele. La chanteuse du groupe Panienki, qui n’a plus joué en public depuis septembre, apprécie de pouvoir chanter quelques minutes sur la Grand-Place. « Ce rassemblement est une façon de se retrouver, de montrer qu’on existe et qu’on vit toujours parce qu’on se sent un peu seul. On ne sait pas où on va. On en a un peu ras-le-bol de jouer dans notre salon » raconte la chanteuse.

« C’est ma première année à Lille et on a le droit de ne rien faire »

Venus écouter les artistes, Inès et Elodie profitent-elles d’un rare moment de bonheur dans leur vie étudiante. Arrivées en septembre denier dans la capitale des Flandres, leur première année lilloise ne se passe pas vraiment comme prévu. « Ça va faire un an qu’il n’y a plus de culture ni d’événements culturels. On vit ça à travers les téléphones mais ce n’est pas pareil. C’est ma première année à Lille et on a le droit de ne rien faire. On s’attendait à plus de vie et au final on n’a rien du tout donc c’est compliqué », explique Elodie.

« C’est important de venir soutenir ce mouvement. Ça commence à faire long cette fermeture alors qu’on pourrait faire des aménagements. On comprend que la situation n’est pas facile mais on pourrait avoir plus de considération pour le monde de la culture », renchérit Inès.

Des artistes se mettent tout nus pour crier leur colère contre le gouvernement

Pour faire entendre leur colère, certains artistes n’ont pas hésité à carrément se mettre à poil exception faite du masque sur leur figure. Sur le perron du théâtre du Nord, une dizaine de personnes se sont entièrement dévêtues, comme Corinne Masiero aux Cesars, pour rappeler que leur secteur était vraiment « à poil » depuis le début de la pandémie. « Nous résistons à votre politique qui nous assomme et nous dépouille de tout. Mais la résistance à l’oppression est un droit naturel. Alors, laissez-nous nous exprimer ! » , ont scandé les artistes nus devant une foule conquise.

Des artistes se sont mis à nu pour protester contre le gouvernement
Des artistes se sont mis à nu pour protester contre le gouvernement - F.Launay/20 Minutes

Un message politique qui a ensuite laissé place à la danse et à la chanson comme le tube «Danser encore» d’HK a réveillé une Grand Place endormie depuis un an.  « C’est un peu de bonheur partagé. On a besoin de se retrouver. On est juste des êtres sociaux et on ne peut pas changer notre nature. Il faut qu’on trouve les moyens d’avoir cette bulle artistique et sociale pour qu’on continue à vivre. On a besoin de vivre et ce n’est pas incompatible avec le fait d’être raisonnable », assure le chanteur. Message en grande partie reçu vendredi sur une Grand-Place de Lille qui avait retrouvé un peu de légèreté, de sourires et d’insouciance l’espace d’un instant. Tout ce qui nous manque en ce moment.