Hauts-de-France : L’engouement du « made in France » fait revenir une filature de lin dans la région

INDUSTRIE Seize ans après avoir fermé sa dernière usine en France, le leader européen du lin, Safilin, va se réimplanter une unité de filature dans les Hauts-de-France

Mikaël Libert
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Une ouvrière dans une filature de Safilin en Pologne.
Une ouvrière dans une filature de Safilin en Pologne. — Safilin
  • En 2005, Safilin fermait son usine nordiste, dernière filature de lin française.
  • Toute la production de l’entreprise était depuis assurée dans ses deux filatures situées en Pologne.
  • Mais 16 ans plus tard, Safilin annonce son intention de réimplanter une filature dans les Hauts-de-France pour répondre à la demande du « made in France ».

Retour aux sources. Il y a 16 ans, la dernière filature de lin Française fermait ses portes avec pertes et fracas, incapable de rivaliser avec la concurrence asiatique. Cette usine appartenait à Safilin, une très ancienne entreprise familiale basée à Sailly-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais. La production avait été progressivement délocalisée en Pologne afin de réduire les coûts. Mais aujourd’hui, notamment grâce à l’engouement autour du «  made in France », Safilin a décidé de relocaliser une unité de filature sur ses terres d’origine.

Début 2022, Safilin produira de nouveau du fil de lin en France. L’unité de filature sera installée dans un grand bâtiment de 6.000 m2 dont la localisation précise n’a pas encore été dévoilée. « Ce sera dans le Nord-Pas-de-Calais mais pas à proximité immédiate de notre siège social de Sailly-sur-la-Lys », déclare Alix Pollet, directrice du pôle marques chez Safilin. L’investissement est de 5 millions d’euros, dont 800.000 de l’Etat dans le cadre du plan de relance et « un montant en négociation de la part de la région ». Le lancement se fera en deux phases pour, à l’horizon 2024, atteindre une production de 350 tonnes annuelles et l’embauche de 50 ouvriers.

Les ouvriers polonais formeront les ouvriers français

On en a vu passer des histoires d’entreprises françaises déménageant leurs usines en Pologne et, comble du cynisme, demander aux salariés d’aller former leurs homologues avant de les licencier. Dans ce cas, c’est presque l’inverse qui va se passer : « Les métiers à filer viendront bien de notre stock en Pologne mais il n’est pas question de baisser la production de nos usines là-bas », assure Alix Pollet. Et ce sont aussi des ouvriers polonais qui seront chargés de former les débutants français sans pour autant avoir à craindre pour leur avenir.

L’idée de Safilin est de proposer du 100 % français hauts de gamme, « du champ au produit fini ». « Il s’agit d’une offre additionnelle au fil polonais. On ajoute une corde à notre arc pour répondre à la demande grandissante de consommer local, durable et traçable », poursuit la directrice du pôle marques. Il est vrai qu’en termes d’écologie, la filière lin est une hérésie : 80 % de la production de lin mondiale se situe entre la Normandie et les Pays Bas alors que 80 % de la capacité de filature est assurée en Asie. Autant dire un bilan carbone catastrophique en raison des transports. « C’est d’autant plus dommage que le lin est une plante qui ne demande pas d’arrosage et que la fibre est durable », estime Alix Pollet.