Lille : Des « pompiers humanitaires » distribuent des kits de survie aux SDF

REPORTAGE Les pompiers du groupe de secours catastrophe français ont organisé mardi une maraude à la gare Lille-Flandres

Camille Ruiz

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Le GSCF en action à Lille
Le GSCF en action à Lille — C.Ruiz / 20 Minutes
  • Les « pompiers humanitaires » du GSCF œuvrent auprès des personnes SDF depuis 2010.
  • Sur le terrain, ils constatent une augmentation de la précarité chez les jeunes, en partie à cause du Covid-19, mais ce phénomène n’est pas nouveau, selon eux.

Cela fait dix ans que les maraudeurs du groupe de secours catastrophe français (GSCF) distribuent leurs «  kits de survie » aux personnes sans domicile. Mardi, Emilie, Gentil, Yacine et Alexis, quatre bénévoles de l’ONG, pompiers de métier, se sont donné rendez-vous à la gare de Lille-Flandres pour une distribution. 20 Minutes les a suivi.

C’est devant la statue « Romy », sur le parvis de la gare, qu’ils ont fixé le point de départ de la maraude. C’est là qu’ils rencontrent Marc* qui dort dans la rue. « On cible vraiment les personnes qui n’ont rien ou qui se sont fait piquer leurs affaires », explique Gentil. Un deuxième homme rejoint Marc, pensant pouvoir obtenir le même sac. Mais le 115 lui paie un hôtel grâce au plan Grand Froid, il n’aura pas droit au kit. Par manque de moyens, le GSCF est obligé de « prioriser ». L’homme repart en les insultant. Les bénévoles conseillent à Marc de garder son sac près de lui pour éviter un vol, mais il ne semble pas s’en préoccuper, et le pose plus loin.

Les masques ne sont « clairement pas une priorité » pour les SDF

Moins de cent mètres plus loin, une autre personne semble avoir besoin de l’aide du GSCF. Le processus est à chaque fois le même. Un des pompiers aborde la personne, lui demande comment elle va, son prénom, si elle dort à la rue ou si elle a un endroit où se reposer. Puis, si elle n’a rien, Emilie présente ce qu’il y a dans le sac : un thermos, un sac de couchage, des vêtements chauds, du matériel d’hygiène et les indispensables masques.

Présentation du
Présentation du - C.Ruiz / 20 Minutes

Dans les yeux des personnes abordées, on lit de la méfiance, mais certaines finissent par se confier. C’est le cas de Bernard*, dans la rue depuis l’âge de 7 ans et passé de foyers en foyers. « Moi, les foyers je les aime plus », dit-il en haussant les épaules. Pendant un quart d’heure, il raconte la violence, les femmes qui n’osent même pas aller aux toilettes, les vols…

Le sac va lui servir. « Merci, c’est important les masques », conclut-il. Bernard a pourtant eu le sien sous le menton pendant toute notre discussion. « Ce n’est clairement pas une priorité pour eux, ils essaient juste de survivre », souligne Emilie.

Les maraudeurs ont constaté une augmentation de la précarité depuis la crise de coronavirus. « Surtout chez les jeunes, note Gentil. Des mineurs. Souvent ce sont des ruptures familiales, c’est une bouche en moins à nourrir. Mais ça fait dix ans qu’on a pris connaissance de ce phénomène. »

« Après le coronavirus, ça va être catastrophique »

Sur la Grand’Place, Jacques fait la manche. Il y a quelque temps encore, il vendait ses toiles ici même avant que la police ne l’en empêche. Il a finalement trouvé un logement grâce à l’aide de personnes bien intentionnées, de qui il parle sourire aux lèvres. « Avec les commerçants et les chauffeurs de bus, je suis bien. Même la police maintenant ». Il indique qui pourrait avoir besoin du sac du GSCF. « On en trouve un peu partout », nous dit-il en haussant les épaules.

Sur la Grand Place, Jacques nous montre les articles qui parlent de lui et de ses toiles qu'il n'a plus le droit de vendre
Sur la Grand Place, Jacques nous montre les articles qui parlent de lui et de ses toiles qu'il n'a plus le droit de vendre - C.Ruiz / 20 Minutes

Effectivement, deux heures plus tard, les dix sacs ont été écoulés dans le seul secteur de la gare. « Certains ont tout perdu du jour au lendemain. Et vous allez voir après le coronavirus ! Ça va être catastrophique, toutes les petites boîtes vont couler », se désole Gentil. Yacine et Alexis ajoutent : « Il y en a qui ont eu de sacrées vies, mais c’est ça qui est intéressant, c’est de connaître l’histoire de chacun. »

Un dernier tour de la gare est effectué. Marc a finalement mis le sac au plus près de lui, sur son dos. Il sourit de loin et remercie d’un geste de la main.

* Les prénoms ont été modifiés.