Lille : Une bonne « Drache » féministe rince les idées rétrogrades à coups de slogans

FEMINISME Un collectif nordiste milite pour que les femmes et les minorités vivent sans être importunées dans l’espace public

Camille Ruiz

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Une affiche du collectif féministe nordiste La Drache.
Une affiche du collectif féministe nordiste La Drache. — C.Ruiz / 20 Minutes
  • Un collectif féministe baptisé « La Drache » milite pour les femmes et les minorités.
  • Il a été créé en septembre 2020 pour lutter contre les féminicides.
  • Les membres de La Drache collent des slogans et affiches pour se réapproprier l’espace public.

« Ma tenue n’est pas une invitation ». Ce sont les mots qu’ont choisis Imo et Charli, vendredi. Militants pour le collectif féministe de La Drache, les deux jeunes collent des slogans pour se réapproprier l’espace public. Ce mouvement international, d’abord né pour rendre justice aux victimes de féminicides, s’est ensuite étendu à la défense des minorités en général. 20 Minutes a suivi des membres du collectif lors d’une opération de collage à Loos, près de Lille.

Formé en septembre 2020, ce collectif sortait généralement sur les coups de 22 h et rentrait vers 4 h du matin. Mais aujourd’hui, à cause du couvre-feu, les membres ne peuvent plus se le permettre. Le groupe colle désormais en journée, sur des panneaux d’affichage libre. Même avec ce mode d’action, parfaitement légal, Imo et Charli se font accoster.

Un groupe pédagogue et inclusif

« Je regarde, je lis » se justifie un homme qui arrête son camion près de nous. Le message « Femmes au front, 98 % infirmières » semble lui poser problème. « C’est un métier de femmes, s’esclaffe-t-il. Tu veux venir avec nous ? On est dans le bâtiment. » L’ouvrier est manifestement « à côté de la plaque », d’après Imo, 28 ans. « On souhaite simplement revaloriser ces métiers dits féminins, pas dévaloriser les autres ».

Les membres du collectif féministe La Drache en opération de collage à Lille.
Les membres du collectif féministe La Drache en opération de collage à Lille. - C.Ruiz / 20 Minutes

Le groupe ne fait pas que dénoncer des agissements sexistes. Pédagogue et inclusif, il colle des messages de soutien aux minorités et des définitions de termes comme celui de « sororité ». Imo, qui a cofondé le groupe, vient d’un petit village. S’il commence à y avoir une vraie prise de conscience dans les grandes villes, c’est moins le cas à la campagne selon elle. « Les gens ne sont pas informés et tout ce qu’ils connaissent de la vie passe par le prisme de la télévision », regrette Imo. Pour le collectif, qui choisit de s’adresser à un public rural, les difficultés sont plus nombreuses.

« Je suis tellement en colère par ce qu’il nous arrive au quotidien »

Tout en collant, Charli, 23 ans, explique sa présence au sein du collectif « Je suis tellement en colère de ce qu’il nous arrive au quotidien. C’est une façon d’agir, à mon petit niveau ». Il est vrai que les militantes du collectif sont peu nombreuses. Elles étaient plus actives lorsque leurs activités se faisaient la nuit. Cela ne posait aucun problème d’emploi du temps.

Imo se souvient d’une fois où le collectif était au complet. Ce soir-là, elles avaient collé sur un mur près d’un endroit très fréquenté. Des guetteuses les avaient prévenues qu’un homme passait pour la deuxième fois devant le mur en voiture. Il était allé chercher du renfort. Cette nuit-là, elles avaient finalement été obligées de tout décoller, intimidées par deux individus qui avaient menacé d’appeler la police. « Ça les gêne qu’on existe en tant que femmes dans la rue à 2 h du matin sans aller d’un point A à un point B », conclut Imo.

Alors que l’on repasse par un endroit où le collectif a déjà collé, Charli s’exclame : « Ah, c’est là que la dame nous a dit "c’est bien, continuez ce que vous faites !" » ». Pas que de mauvaises aventures, donc.